L’entrée en vigueur imminente de la nouvelle réglementation européenne sur les émissions de méthane soulève d’importantes interrogations quant à son impact sur le partenariat énergétique algéro-européen. L’Union européenne (UE) se veut toutefois rassurante : face à l’exigence de décarbonation, l’approche adoptée vis-à-vis de l’Algérie sera d’abord flexible et axée sur l’accompagnement technologique, écartant de fait toute perspective de sanctions immédiates visant ses exportations gazières.
Cette clarification stratégique a été apportée par l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado, en réponse à une question de Maghreb Emergent sur ce sujet précis, lors d’une rencontre avec les médias, tenue ce jeudi 7 mai au siège de la délégation européenne à Alger.
Une application flexible pour un partenaire incontournable
Alors que la loi européenne sur le méthane doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027, la question d’une possible non-conformité de l’Algérie et de ses conséquences sur les échanges commerciaux a été posée de manière directe. L’ambassadeur a fermement écarté l’idée d’un blocage du partenariat.
Rappelant que l’Algérie est le deuxième fournisseur de gaz de l’Europe par gazoduc (19,4% au premier trimestre 2025 et 22% à la même période de 2026), juste derrière la Norvège (58%), le diplomate a insisté sur l’importance d’une transition mesurée. « On ne parle absolument pas de mettre en place des mesures coercitives sur base du règlement, même s’il entre en vigueur le 1er janvier », a-t-il affirmé, précisant que l’UE sera « plutôt dans une phase plus flexible ».
L’objectif de cette première phase d’application de la loi n’est pas de pénaliser, mais d’évaluer la trajectoire d’amélioration. Il s’agit, selon l’ambassadeur, de « se concentrer davantage sur les efforts qui sont consentis » par l’Algérie, ce qui permet à l’Europe de « ne pas nécessairement aller tout de suite sanctionner ».
La décarbonation du gaz et le transfert technologique
Pour l’Union européenne, cette flexibilité s’accompagne d’une volonté forte de collaborer sur le plan technique. L’Europe reconnaît que les objectifs de décarbonation complète de l’économie s’inscrivent sur le « moyen et long terme » pour un pays comme l’Algérie. Entre-temps, des actions immédiates peuvent être menées, notamment concernant la réduction du méthane.
« Il y a beaucoup de torchage, il y a beaucoup de procédures qui peuvent être améliorées et en plus il y a des grands efforts qui se font déjà ici en Algérie », a souligné l’ambassadeur. Pour accélérer ce processus, l’Europe se dit prête à mettre à disposition son « savoir-faire » et son « expertise » à la demande des autorités algériennes.
Le rôle clé de la présence industrielle européenne
Dans cette dynamique de mise aux normes environnementales, le rôle des grands groupes énergétiques européens est perçu comme fondamental. L’ambassadeur a rappelé que la présence d’entreprises telles que TotalEnergies, Eni, ou encore Equinor, souvent réunies en joint-venture avec Sonatrach, est « absolument essentielle » et constitue un choix stratégique pour les relations bilatérales.
Ces industriels ne se contentent pas d’importer du gaz ; ils apportent directement les technologies nécessaires pour réduire l’empreinte carbone de la production locale. Grâce à ces partenariats, certains projets en Algérie « sont très proches des standards avant même d’entrer en vigueur », s’est félicité le diplomate. Il a également fait valoir que s’associer avec des entreprises d’autres régions du monde ne garantirait pas nécessairement cette convergence vers les exigences climatiques européennes.
En somme, la loi sur le méthane ne doit pas être perçue comme un frein, mais comme un catalyseur pour moderniser l’infrastructure gazière algérienne grâce aux transferts de technologies européens.



