ONU : la Russie et la Chine bloquent la résolution sur le détroit d’Hormuz

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Les membres du Conseil de sécurité de l'ONU réunis dans la salle du Conseil, au siège des Nations unies à New York. © ONU

Trente-sept jours après la fermeture du détroit d’Hormuz par les Gardiens de la révolution iraniens, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) a tenu ce mardi 7 avril son vote le plus attendu depuis le début du conflit. Il n’a pas abouti. La résolution, portée par Bahreïn avec le soutien des États-Unis et des monarchies du Golfe, avait été profondément remaniée pour tenter d’échapper au veto de la Chine et de la Russie. Moscou et Pékin ont maintenu leur opposition, torpillant l’initiative diplomatique des pays du Golfe persique.

Cinq semaines de tractations pour un texte vidé de sa substance

Il y a deux semaines, Bahreïn avait lancé des négociations sur un texte qui aurait autorisé tout État ou coalition d’États à utiliser «tous les moyens nécessaires» pour garantir la sécurité des navires et empêcher le blocage du détroit. La Russie, la Chine et la France s’étaient alors opposées à l’autorisation du recours à la force.

Face à cette impasse, Bahreïn avait considérablement édulcoré sa proposition : la version finale autorisait des actions défensives, mais non offensives, pour garantir la sécurité du transit des navires dans le détroit. Puis une sixième révision avait encore affaibli le texte. La dernière version ne parlait plus d’autorisation de l’usage de la force, même défensive, se contentant d’«encourager fortement les États» concernés «à coordonner les efforts, de nature défensive et proportionnés aux circonstances, pour assurer la sécurité de navigation dans le détroit d’Hormuz, y compris en escortant les navires marchands et commerciaux». Ces concessions successives n’ont pas suffi.

Deux logiques de blocage

Les motivations des deux pays divergent, même si le résultat du vote est identique. L’ambassadeur chinois Fu Cong avait averti qu’autoriser les États membres à utiliser la force «reviendrait à légitimer l’utilisation illégale et indiscriminée de la force, ce qui mènerait inévitablement à une nouvelle escalade».

Côté russe, l’ambassadeur Vassili Nebenzia avait déclaré que la proposition «ne résolvait pas le problème» et réclamait la fin des hostilités avant toute mesure de sécurité maritime. Sergueï Lavrov avait quant à lui estimé que l’adoption de ce document, qui ne mentionne pas que l’Iran a été victime d’une agression, «susciterait l’hostilité des autorités de Téhéran» et aboutirait à légitimer «a posteriori» l’agression contre l’Iran.

Les enjeux énergétiques mondiaux

Depuis le début du conflit, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l’Iran, la quasi-paralysie du détroit d’Hormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole mondial ainsi que du gaz naturel liquéfié, a entraîné une forte hausse du prix des hydrocarbures dans le monde.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, avait résumé les conséquences humaines en déclarant que «lorsque le détroit d’Hormuz est étranglé, les populations les plus pauvres et les plus vulnérables du monde suffoquent».

«Un lieu de diplomatie, même limité»

Daniel Forti, analyste à l’International Crisis Group, estimait qu’une adoption aurait au moins permis à «Bahreïn et à ses soutiens de s’assurer d’un rejet diplomatique clair du blocage du détroit par l’Iran», et que les vetos de Moscou et Pékin «réussiraient à empêcher le Conseil de soutenir une potentielle escalade militaire», voyant dans ce «compromis» la preuve que le Conseil «est toujours un lieu de diplomatie, même limité».

Ce blocage onusien intervient dans un contexte de pression maximale. Donald Trump a menacé de détruire l’Iran «tout entier» mardi soir si Téhéran ne rouvrait pas cette voie maritime, le vote étant prévu à 11 heures, quelques heures avant l’expiration de cet ultimatum.

Pendant ce temps, l’Iran administre le passage selon ses propres critères géopolitiques, hors de tout mandat international. Les droits de passage en yuan imposés aux pétroliers-au moins un dollar par baril, libellés en yuan chinois ou en stablecoins, dans un système de classement par pays-se précisent de jour en jour. L’Iran a laissé passer trois navires japonais dans le détroit, signe que Téhéran entend gérer l’accès selon ses propres termes, que le Conseil de sécurité se soit prononcé ou non.

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