Pétrole : le seuil des 100 dollars de nouveau franchi

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Le seuil des 100 dollars de nouveau franchi

Le spectre d’un nouveau choc pétrolier refait surface. Pour la première fois depuis la fin mai, le baril de Brent a franchi le seuil symbolique des 100 dollars, porté par l’aggravation du conflit au Moyen-Orient. Après le détroit d’Ormuz, c’est désormais la mer Rouge qui s’impose comme un nouveau foyer de tensions, faisant craindre des perturbations majeures de l’approvisionnement mondial en pétrole. Cette envolée des cours ravive les craintes d’une nouvelle poussée inflationniste et pourrait rebattre les cartes de l’économie mondiale.

Le Brent de la mer du Nord, référence mondiale du brut, s’envolait de 6,86 % pour atteindre 100,52 dollars le baril. Le West Texas Intermediate (WTI) américain gagnait quant à lui 5,95 % à 92 dollars, tandis que le Murban, référence des Émirats arabes unis, évoluait également au-dessus des 95 dollars. Le pétrole algérien Sahara Blend, réputé pour sa faible teneur en soufre et sa grande qualité, s’échange désormais avec une prime sur le Brent, dépassant lui aussi le seuil des 100 dollars.

La guerre gagne la mer Rouge

Cette flambée intervient après une nouvelle escalade militaire au Moyen-Orient. Les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont revendiqué des attaques contre deux pétroliers saoudiens qu’ils accusent d’avoir violé le blocus maritime annoncé quelques jours plus tôt.

Après les tensions dans le détroit d’Ormuz, c’est désormais la mer Rouge qui devient un point de crispation majeur. Cet axe est stratégique pour l’Arabie saoudite, qui exporte une partie importante de son pétrole via le port de Yanbu afin d’éviter le détroit d’Ormuz.

Pour les marchés, cette multiplication des foyers de tension change profondément la donne. Jusqu’ici, les investisseurs estimaient que les perturbations restaient limitées et que les routes maritimes pouvaient être réorganisées. L’ouverture d’un second front remet en cause cette hypothèse et fait craindre une véritable désorganisation des flux pétroliers mondiaux.

Un seuil qui n’avait plus été atteint depuis deux mois

Le retour du Brent au-dessus des 100 dollars constitue un symbole fort. Le marché n’avait plus atteint ce niveau depuis la fin mai, avant que les cours ne refluent progressivement au cours du mois de juin.

Depuis le début du mois de juillet, les bombardements au Moyen-Orient, la fermeture du détroit d’Ormuz et désormais les attaques en mer Rouge alimentent une prime de risque géopolitique de plus en plus importante.

À cela s’ajoute la crainte que le conflit ne s’étende davantage et ne touche directement les infrastructures pétrolières des principaux pays producteurs du Golfe.

Jusqu’où peut monter le pétrole ?

L’évolution des prix dépendra essentiellement de la situation militaire.

Si les attaques contre les pétroliers se poursuivent et que les exportations saoudiennes venaient à être durablement perturbées, plusieurs analystes estiment que le Brent pourrait rapidement évoluer entre 105 et 110 dollars, voire davantage en cas de fermeture prolongée de la mer Rouge ou d’un blocage simultané du détroit d’Ormuz.

À l’inverse, un apaisement militaire ou des garanties sécuritaires apportées aux routes maritimes permettraient un retour progressif des cours sous les 100 dollars.

Les marchés restent ainsi suspendus à l’évolution quotidienne du conflit, chaque attaque faisant immédiatement réagir les cours.

Le retour du risque inflationniste

La flambée du pétrole ravive les craintes d’un nouveau choc inflationniste mondial.

La hausse des prix de l’énergie se répercute rapidement sur les coûts du transport, de l’industrie, de l’agriculture et, à terme, sur les prix payés par les consommateurs.

Consciente de ces risques, la Banque centrale européenne (BCE) a choisi de maintenir jeudi ses taux directeurs inchangés. Sa présidente, Christine Lagarde, a toutefois qualifié d’« alarmant » le risque d’extension du conflit à la mer Rouge, estimant que le choc énergétique pourrait accentuer les tensions inflationnistes.

Les marchés obligataires ont immédiatement intégré cette perspective. Les rendements des emprunts d’État américains et européens sont repartis à la hausse, les investisseurs anticipant un maintien plus long de taux d’intérêt élevés.

Les Bourses mondiales dans le rouge

Les marchés d’actions ont également subi les conséquences de cette envolée des prix de l’énergie.

En Europe, Paris a perdu 1,64 %, Francfort 1,56 %, Madrid 1,55 % et Milan 2,80 %. À Wall Street, les principaux indices évoluaient également en nette baisse, pénalisés à la fois par les craintes inflationnistes et les résultats décevants de plusieurs géants de la technologie.

Les secteurs les plus dépendants de l’énergie, notamment l’industrie allemande, figurent parmi les premiers touchés par cette hausse brutale des coûts des matières premières.

L’Algérie parmi les principaux bénéficiaires

Pour les pays importateurs de pétrole, cette flambée constitue une mauvaise nouvelle. Elle alourdit les factures énergétiques, entretient l’inflation et ralentit la croissance.

En revanche, pour les pays exportateurs comme l’Algérie, la hausse des cours représente une importante bouffée d’oxygène.

Chaque augmentation de dix dollars du prix du baril se traduit par plusieurs milliards de dollars de recettes supplémentaires pour les finances publiques algériennes. Un Brent durablement installé au-dessus de 100 dollars renforcerait les recettes d’exportation de Sonatrach, améliorerait les réserves de change et offrirait davantage de marges de manœuvre budgétaires à l’État pour financer les investissements publics et les programmes sociaux.

Cet afflux de revenus pourrait également contribuer à accélérer certains grands projets structurants, notamment dans les infrastructures, la pétrochimie et la transition énergétique.

Toutefois, plusieurs économistes rappellent que cette embellie demeure conjoncturelle. La dépendance de l’économie nationale aux hydrocarbures expose toujours le pays aux retournements des marchés.

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