Pneus introuvables : les ateliers s’effondrent et les escrocs en profitent

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Des ateliers vides, des étagères désertes et des automobilistes contraints de rouler sur des pneus usés jusqu’à la corde. Depuis plus d’un an, la pénurie de pneumatiques paralyse un secteur entier, expose les professionnels à la faillite et ouvre la voie aux escroqueries en ligne.

Un matin ordinaire dans un atelier de montage d’Alger. Deux employés attendent. Le téléphone sonne. La réponse est toujours la même. «Ce n’est pas disponible.» Le patron du garage, qui exerce depuis plusieurs années, confie n’avoir jamais traversé une situation comparable. «J’ouvre le matin avec deux autres employés. On reste toute la journée sans rien faire.»

La pénurie de pneumatiques frappe l’Algérie depuis plus d’un an et elle ne faiblit pas. Dans les ateliers de réparation et de montage, les étagères sont quasi vides. Les références les plus courantes ont disparu du marché. Celles qui subsistent sont des dimensions peu demandées, qui ne trouvent pas preneur. Les automobilistes repartent sans solution. Les professionnels, eux, continuent de payer loyers, salaires et entretien des machines pour une activité réduite à sa plus simple expression. «Nos chiffres d’affaires diminuent», résume un réparateur, qui cite ses charges fixes comme autant de postes que la crise ne dispense pas de régler.

«Ils m’ont promis de livrer. Jusqu’à aujourd’hui, rien»

Les professionnels ont multiplié les démarches auprès des fournisseurs. Sans résultat. L’un d’eux décrit ses échanges avec les responsables d’Iris, seul producteur national de pneumatiques, qui aligne une soixantaine de références quand le marché en exige plusieurs centaines. «Cela fait plusieurs semaines que j’ai parlé avec eux. Ils m’ont promis de me livrer prochainement. Jusqu’à aujourd’hui, rien.» La production locale ne parvient pas à couvrir les besoins du marché. L’offre reste insuffisante, les délais s’allongent, et les professionnels se retrouvent sans capacité à répondre aux besoins élémentaires de leur clientèle.

Les conséquences dépassent le strict manque à gagner commercial. «Des fois, je reçois des familles en panne. Elles n’ont pas de pneus. Je ne peux rien faire pour elles», témoigne un garagiste. Sur les routes, certains automobilistes continuent de rouler avec des pneumatiques en fin de vie, faute d’alternative. D’autres ont préféré immobiliser leurs véhicules.

L’application Naftal et les annonces introuvables

Les outils numériques déployés pour répondre à la pénurie n’ont pas résolu le problème. L’application Naftal Khadamat, censée faciliter l’accès aux stocks disponibles, affiche régulièrement des ruptures sur les références les plus demandées. Celles qui apparaissent comme disponibles se trouvent souvent dans des wilayas éloignées, rendant leur accès impraticable dans un pays aux distances considérables.

Résultat, les déplacements se multiplient, sans garantie de trouver le produit au bout du trajet. Karim en a fait l’expérience. «J’ai fait le trajet depuis Alger sur des centaines de kilomètres pour une référence précise. En arrivant, il n’y avait rien.» Il a tenté de joindre le vendeur. «J’appelle. Ça sonne. Aucune réponse.»

Escroqueries au CCP

La pénurie a ouvert un espace aux pratiques frauduleuses. Sur les plateformes en ligne, des annonces proposent des pneumatiques introuvables en boutique. Derrière certaines d’entre elles, des réseaux d’escroquerie qui demandent un versement préalable par compte CCP, présenté comme une garantie, avant de disparaître. «Moi, j’ai échappé de peu à ces arnaques», confie Karim.

Les professionnels du secteur attendent toujours une réponse structurelle à une crise qui dure depuis plus d’un an. Aucune date de livraison ferme n’a été communiquée.

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