L’Algérie figure pour la deuxième année consécutive dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire supérieur, la troisième des quatre tranches que la Banque mondiale utilise pour ranger les économies mondiales, à un cran seulement du statut de revenu élevé. Elle y était entrée en 2024 non pas à la faveur de sa croissance, mais d’une révision d’ensemble de ses comptes nationaux menée par l’Office national des statistiques.
La classification publiée par le Development Data Group range 218 économies selon le revenu national brut (RNB) par habitant, converti en dollars par la méthode dite de l’Atlas qui lisse les variations de change. Un pays est classé à faible revenu en dessous de 1 175 dollars, en revenu intermédiaire inférieur jusqu’à 4 635 dollars, en intermédiaire supérieur jusqu’à 14 375 dollars, et en revenu élevé au-delà. Le tableau vaut jusqu’au 30 juin 2027 et conditionne l’accès de chaque pays aux financements concessionnels des institutions de développement.
Six économies ont changé de catégorie cette année et aucune n’a reculé. La Jordanie, la Micronésie, les Philippines, le Sri Lanka et le Vietnam accèdent au revenu intermédiaire supérieur, tandis que le Togo quitte celle des pays à faible revenu, seul mouvement africain de cette édition. Le Maroc et la Tunisie demeurent l’un et l’autre en revenu intermédiaire inférieur, où ils figurent aux côtés de vingt-deux autres économies du continent.
Ce classement intervient alors que la Banque mondiale vient de relever à 3,4 % sa prévision de croissance pour l’Algérie en 2026, seule note positive d’un bulletin régional où le Golfe se contracte, comme Maghreb Émergent le détaillait la semaine dernière.
Neuf pays africains au-dessus de la ligne
Les Seychelles ne relèvent pas de la tranche intermédiaire supérieure, contrairement à ce que laissent entendre plusieurs recensions du classement, mais du revenu élevé, statut qu’aucun autre pays du continent n’atteint. Une fois l’archipel écarté, huit économies africaines composent la troisième tranche, l’Algérie, la Libye, l’Afrique du Sud, le Botswana, la Guinée équatoriale, le Cap-Vert, le Gabon et Maurice, le Cap-Vert y ayant été promu lors de la mise à jour précédente.
Trois d’entre elles doivent leur position à la rente pétrolière et gazière, trois autres à une démographie réduite qui gonfle mécaniquement le revenu par habitant, l’Afrique du Sud à une industrialisation ancienne. Ces neuf pays, Seychelles comprises, représentent un sixième des cinquante-trois économies africaines que la Banque mondiale classe cette année. Les quarante-quatre autres se répartissent entre vingt-quatre pays à revenu intermédiaire inférieur, Togo compris depuis le 1er juillet, et vingt pays à faible revenu.
Le décompte s’arrête à cinquante-trois parce que l’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent avec cent trente millions d’habitants, apparaît dans le tableau sans aucune catégorie en face de son nom, à l’instar du Venezuela. La Banque mondiale ne commente pas cette absence de classement.
Le maintien dans une tranche n’est jamais acquis. La Namibie a été, lors de la mise à jour de l’exercice 2026, le seul pays au monde à reculer d’une catégorie, sa croissance ralentie à 3,7 % et le repli de son activité minière s’étant conjugués à une révision à la hausse de sa population de 13,8 % pour la seule année 2023.
Ce qui fait bouger un pays de catégorie
L’Algérie est entrée dans la tranche intermédiaire supérieure lors de la mise à jour de l’exercice 2025, aux côtés de l’Iran, de la Mongolie et de l’Ukraine. Si l’économie algérienne avait progressé de 4,1 % en 2023, la Banque mondiale attribue la raison principale du reclassement à la révision d’ensemble des comptes nationaux conduite par l’Office national des statistiques pour les aligner sur les standards internationaux. Le niveau du PIB s’en est trouvé rehaussé de 13,3 % en moyenne sur la période 2018-2022, sous l’effet de l’intégration de la recherche-développement dans l’investissement, d’une meilleure mesure de la production des administrations publiques et d’une couverture élargie de l’économie non observée.
La Jordanie doit sa promotion de cette année au même ressort, un changement d’année de base ayant révélé une économie près de 10 % plus grande qu’estimé, auquel s’ajoute une croissance de 2,8 % en 2025. Quant au Togo, sa population a été revue à la baisse de 11,7 % après la publication des résultats du recensement de 2022, ce que la Banque mondiale identifie comme le facteur décisif de son reclassement, devant la croissance de 5,9 % enregistrée l’an dernier.
L’étiquette attribuée à l’Algérie ne renseigne ni sur la distribution du revenu, ni sur la part des hydrocarbures dans le RNB, ni sur la trajectoire du pays. Elle laisse hors champ les déficits jumeaux que la même institution documente dans ses rapports pays, ainsi que les 700 000 à 900 000 nouveaux actifs qui se présentent chaque année sur le marché du travail algérien.
La prochaine mise à jour interviendra le 1er juillet 2027, sur la base du RNB par habitant de 2026.


