Le taux de chômage des 16-24 ans atteignait 29,3 % en Algérie en octobre 2024, selon la première enquête emploi de l’ONS publiée après cinq années d’interruption. Ce taux global de l’enquête, initialement fixé à 12,7 %, a depuis été ramené à 9,7 % par l’ONS elle-même, après exclusion de 337 000 personnes du calcul. L’institution défend une méthodologie transparente, mais la révision a suscité des interrogations sur la fiabilité de la mesure du marché du travail algérien. Le sous-indicateur du chômage des jeunes, lui, n’a pas été recalculé dans cette révision.
C’est dans ce marché du travail contesté que le Groupe de la Banque mondiale situe désormais l’Algérie. Entre 2025 et 2035, 1,2 milliard de jeunes vont atteindre l’âge de travailler dans les pays émergents et en développement, selon le rapport The Global Jobs Challenge publié par l’institution, la cohorte la plus nombreuse jamais enregistrée. Le Maghreb et l’Algérie figurent parmi les économies exposées à cette vague.
Le ministre du Travail, Abdelhak Saihi, a affirmé devant l’Assemblée populaire nationale que l’économie algérienne dégage plus de 500 000 postes de travail chaque année. Le chiffre, avancé sans détail méthodologique, ne s’accorde pas avec les 700 000 à 900 000 nouveaux actifs qui entreraient chaque année sur le marché du travail algérien selon les estimations citées dans le même article, un écart qui recoupe le constat central de la Banque mondiale, celui d’économies qui créent moins d’emplois que la démographie n’en réclame.
Une décennie qui s’ouvre sur des marges de manœuvre réduites
Le rapport souligne que les économies les plus exposées à la vague démographique 2025-2035 abordent cette période avec un endettement élevé et une capacité d’action budgétaire restreinte. Pour l’Algérie, l’économiste Abdelrahmi Bessaha, ancien consultant du FMI, avance dans son rapport « Vision Algérie 2050 » un chiffre de 13 millions d’habitants supplémentaires d’ici 2040, et s’interroge sur la capacité du pays à leur offrir emplois, logements, écoles et hôpitaux. Selon lui, la croissance de 3 à 3,5 % enregistrée depuis 2000 reste insuffisante face à la pression démographique et pourrait tomber sous les 2 % sans réforme, un chiffre qui reste une projection de l’économiste et non une donnée officielle.
L’accès au financement des PME est documenté par plusieurs sources convergentes avec le diagnostic de la Banque mondiale, sans provenir d’une seule et même institution. Selon une étude du cabinet FINABI, fondé par l’économiste Chabane Assad, seules 13 % des entreprises et des ménages algériens ont accès au crédit bancaire, un déficit que le cabinet qualifie de déséquilibre structurel. Bessaha, de son côté, avance un chiffre voisin mais distinct : un crédit au secteur privé représentant 20 à 23 % du PIB en Algérie, contre 50 à 70 % dans les économies émergentes selon son estimation propre.
Les secteurs porteurs identifiés recoupent les priorités déjà affichées
Le rapport de la Banque mondiale retient cinq secteurs à fort potentiel de création d’emplois résiliente : les infrastructures dont l’énergie, l’agrobusiness, la santé, le tourisme et l’industrie manufacturière à valeur ajoutée. Ces axes recoupent des chantiers officiellement engagés en Algérie, sans que leurs résultats en emplois créés soient à ce stade quantifiés de façon indépendante. La santé et l’agro-industrie figurent parmi les secteurs prioritaires revendiqués par le Fonds algérien d’investissement, doté selon son directeur général d’un capital social de 11 milliards de dinars pour soutenir les PME sans exiger de garanties.
Le gouvernement a par ailleurs resserré, depuis janvier 2026, l’accès à l’allocation chômage instaurée en 2022, mettant fin à sa durée indéterminée pour les moins de 40 ans. Selon les projections rapportées, cette réforme exposerait plusieurs centaines de milliers de bénéficiaires à une sortie du dispositif d’ici la fin de l’année, un chiffre qui reste, à ce stade, une projection administrative et non un bilan constaté.


