Rupture avec les Émirats : large soutien politique à la décision de Tebboune

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La décision d’Alger de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis a provoqué une réaction quasi unanime de la classe politique algérienne. Du FLN au FFS, en passant par le RND, le MSP, El Bina et le Parti des travailleurs de Louisa Hanoune, les principales formations politiques ont apporté leur soutien à la décision prise par le gouvernement, présentée comme une mesure souveraine destinée à défendre les intérêts supérieurs du pays.

Derrière cette apparente unanimité, les arguments et le degré de fermeté diffèrent toutefois sensiblement. Si les partis de la majorité se contentent essentiellement de reprendre les arguments des autorités, les islamistes mettent l’accent sur les risques d’ingérence et de déstabilisation. Du côté des formations démocratiques, le ton est plus politique : Louisa Hanoune rappelle qu’elle réclame depuis longtemps une rupture avec Abou Dhabi, tandis que le RCD et le FFS replacent la décision dans une réflexion plus large sur la souveraineté et la politique étrangère algérienne.

FLN et RND : le soutien sans réserve de la majorité

Les deux principales formations de la majorité présidentielle ont été parmi les premières à réagir. Le FLN a exprimé son « soutien total et absolu » ainsi que son « entière adhésion » à la décision souveraine et ferme prise par l’État algérien.

Pour l’ancien parti unique, cette mesure est dictée par la nécessité de préserver les intérêts supérieurs du pays. Il estime qu’elle intervient en réaction à la persistance de « comportements et agissements provocateurs et hostiles injustifiés » visant notamment, selon lui, à porter atteinte à l’intégrité du territoire national.

Le RND affiche une position similaire. Le parti apporte son « soutien total » à la rupture, estimant qu’Alger a épuisé toutes les voies permettant de préserver les relations bilatérales, malgré les mises en garde adressées à Abou Dhabi.

Le parti dresse ainsi le constat d’une accumulation d’« agissements provocateurs et hostiles » et souligne la retenue dont aurait fait preuve l’Algérie avant de prendre sa décision. Pour le RND, « la souveraineté de l’Algérie, la dignité de l’État et les intérêts supérieurs du pays sont des lignes rouges sur lesquelles on ne transige pas ».

Sur ce point, FLN et RND se rejoignent donc largement : la rupture est présentée comme une décision souveraine, rendue nécessaire par une dégradation des relations et destinée à protéger la sécurité et les intérêts nationaux.

Le soutien…prudent d’El Bina

Du côté des formations islamistes, le soutien est également au rendez-vous, mais avec des tonalités différentes.

Le MSP va nettement plus loin dans l’accusation. Dans sa déclaration, le parti affirme que la souveraineté, la sécurité nationale, la stabilité et les intérêts supérieurs de l’Algérie sont des « lignes rouges qui ne sauraient faire l’objet de compromis ou de chantage ».

Le MSP affirme surtout avoir déjà dénoncé le « rôle fonctionnel systématique » des Émirats, qu’il présente comme soutenu par « les entités sionistes et coloniales », dans des tentatives visant la stabilité, la sécurité et l’unité de l’Algérie. Le parti accuse également Abou Dhabi de contribuer à l’attisement des conflits dans plusieurs pays voisins et de parrainer des « réseaux de corruption dans les domaines économique et social ».

Le mouvement considère ainsi que la rupture était devenue nécessaire pour protéger la décision nationale de toute ingérence et réaffirme son appel au renforcement du front intérieur.

Le ton est sensiblement différent chez El Bina. Dans une déclaration signée par son président Abdelkader Bengrina, le mouvement annonce son soutien à la décision, mais sans développer les griefs formulés contre Abou Dhabi.

El Bina se borne essentiellement à rappeler son principe de ne pas contester les institutions de l’État dans les décisions souveraines relatives à la défense, à la sécurité et à la politique étrangère. « Nous ne pouvons […] que nous tenir aux côtés des institutions de l’État et leur apporter notre soutien », affirme le mouvement.

Une position jugée, sur les réseaux sociaux, beaucoup plus prudente que celle du MSP ou d’autres formations. Cette retenue n’a pas manqué d’être commentée, certains internautes établissant un lien avec les soupçons régulièrement exprimés sur les réseaux sociaux concernant la proximité de certains militants ou cadres d’El Bina avec les Émirats. Ces accusations, qui relèvent du débat politique et des réseaux sociaux, ne sont toutefois pas étayées par les communiqués officiels.

Louisa Hanoune : une rupture qu’elle réclamait depuis longtemps

La position de Louisa Hanoune est, à l’inverse, présentée comme l’aboutissement d’une revendication ancienne du Parti des travailleurs.

La secrétaire générale du PT a apporté « l’appui absolu » de son parti à la rupture, au nom de la préservation de la sécurité du pays et de ses intérêts supérieurs. Elle met particulièrement en avant la recrudescence des « agissements hostiles » émanant d’Abou Dhabi et son implication, selon elle, dans « l’attisement des conflits et des crises, particulièrement sur le continent africain ».

Pour Hanoune, cette décision ne constitue donc pas une surprise. Elle s’inscrit dans une position que la dirigeante du PT défend depuis plusieurs années, en dénonçant l’influence émiratie dans la région et en appelant à mettre un terme à ce qu’elle considère comme une menace pour les intérêts algériens.

Son soutien est ainsi plus ancien et plus politique que celui de plusieurs autres formations, qui se sont principalement alignées sur la décision prise par les autorités.

Le RCD : soutenir la rupture, mais interroger la stratégie

Le RCD adopte un positionnement plus nuancé. Dans son communiqué, le parti « prend acte » de la rupture et rappelle que celle-ci intervient au terme d’une détérioration progressive des relations entre les deux pays. Il souligne notamment les inquiétudes suscitées depuis plusieurs années par la politique d’influence régionale des Émirats et leurs réseaux économiques et politiques.

Mais le parti ne s’arrête pas à la rupture elle-même. Il estime que la question doit désormais être replacée dans une réflexion plus large sur la capacité de l’Algérie à défendre ses intérêts dans son environnement régional.

Le RCD appelle ainsi à une « diplomatie proactive, pragmatique et fondée sur les intérêts nationaux », capable de dialoguer lorsque cela sert l’Algérie mais aussi de prendre des positions fermes lorsque ses intérêts fondamentaux sont menacés.

Le parti insiste également sur la nécessité de protéger les intérêts économiques algériens, estimant que les investissements étrangers ne doivent pas devenir des instruments de pression politique ou d’influence sur les choix souverains du pays.

Pour le RCD, en somme, la rupture ne doit pas devenir une politique étrangère en soi. Elle doit s’inscrire dans une stratégie globale, lisible et maîtrisée.

FFS : « Il était temps »

Le FFS est, lui aussi, catégorique. Son premier secrétaire Youcef Aouchiche résume la position du parti en deux mots : « Il était temps. »

Le FFS qualifie la rupture de « décision souveraine juste », dictée par les actes hostiles attribués aux Émirats et rendue nécessaire par les exigences de la fermeté diplomatique et du principe de réciprocité.

Mais, comme le RCD, le plus vieux parti d’opposition ne réduit pas la question à la seule rupture. Il l’inscrit dans la nécessité d’une politique étrangère « résolue et équilibrée », fondée sur la préservation de la souveraineté, la sécurité nationale et la défense des intérêts supérieurs de l’État-nation.

Au-delà des divergences de ton et d’analyse, un constat s’impose : la rupture avec Abou Dhabi a suscité un rare consensus au sein de la classe politique algérienne.

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