La Banque d’Algérie a reproduit sur sa page Facebook l’article de l’agence APS qui évoque une « session historique » à laquelle a participé une délégation algérienne de haut niveau, conduite par le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Lamine Lebbou. La décision de retrait de la liste grise est un « témoignage concret de la volonté politique de l’Algérie et de l’efficacité de ses réformes », indique l’agence.
De fait, pour le pays, c’est la fin d’une période de surveillance et le début d’une bouffée d’oxygène économique, ainsi qu’un signal fort de la communauté internationale quant à la solidité et la résilience du système financier national.
Inscrite sur cette liste de surveillance en octobre 2024, l’Algérie a mené de profondes réformes pour assainir ses circuits financiers. Après une vérification finale menée directement à Alger par des experts internationaux, l’organisation a validé la conformité du pays par rapport aux normes les plus exigeantes en matière de sécurité et de transparence économique.
Moins de bureaucratie, plus de ciblage
Mais au-delà des textes de loi, qu’est-ce que cela change concrètement sur le terrain ? En clair : comment fonctionnent désormais nos banques ? Pour sortir de cette liste, le système bancaire algérien a dû changer sa façon de travailler. Les banques ne traitent plus tous les dossiers avec la même méfiance. Elles appliquent ce que le GAFI appelle la « supervision basée sur les risques ».
Concrètement, elles concentrent leurs forces uniquement sur les opérations suspectes (gros montants anonymes, secteurs sensibles). Pour le citoyen ou l’entrepreneur ordinaire, cela signifie moins de paperasse inutile et des démarches simplifiées.
Les employés de banque appliquent désormais des guides professionnels précis. Ils savent exactement comment vérifier l’origine des fonds ou l’identité réelle des propriétaires d’entreprises. Cela permet de bloquer l’argent sale rapidement sans paralyser l’activité des clients honnêtes par simple hésitation.
Les transferts d’argent vont-ils s’accélérer ?
C’est le changement le plus important pour les opérateurs économiques. Lorsqu’un pays est sur la liste grise, le GAFI impose légalement aux banques du monde entier d’appliquer des mesures de vigilance renforcées sur chaque transfert en provenance ou à destination de ce pays.
Jusqu’ici, dès qu’une entreprise algérienne effectuait un virement international, les banques étrangères bloquaient automatiquement les fonds, parfois pendant des semaines, le temps de mener des enquêtes approfondies sur l’origine de l’argent.
Aujourd’hui, le retrait de la liste supprime automatiquement cette obligation de blocage systématique. Le système algérien étant jugé fiable, l’argent va circuler à vitesse normale, avec beaucoup moins de délais administratifs et de frais de contrôle intermédiaires.
Attractivité des IDE et crédibilité internationale
Deux autres impacts potentiels pour l’économie peuvent découler de cette sortie de la liste grise. L’étiquette de « pays sous surveillance » provoquait mécaniquement une baisse des entrées de capitaux étrangers en raison du « risque de réputation ».
Ce feu vert du GAFI est de nature à rassurer les multinationales : elles peuvent désormais injecter des capitaux en Algérie en toute sécurité. C’est un obstacle important, même s’il n’est pas le seul, à l’arrivée des IDE.Le second impact concerne le secteur bancaire algérien qui gagne globalement en crédibilité face aux institutions mondiales, facilitant ainsi les partenariats et les correspondances bancaires internationales.
Le défi de la sphère informelle
Enfin, cette normalisation pose une question cruciale pour l’avenir : quel sera son impact sur la gigantesque sphère financière informelle qui caractérise l’économie nationale ? En rendant les banques officielles plus transparentes, plus traçables et plus connectées au monde, l’Algérie crée un environnement de confiance qui pourrait, à terme, inciter une partie des capitaux parallèles à réintégrer le circuit légal.
Cependant, la prudence reste de mise. Le renforcement des contrôles sur l’origine des fonds et l’identité des propriétaires d’entreprises exige un équilibre subtil : le système bancaire doit se moderniser sans pour autant braquer ou exclure les acteurs économiques qui hésitent encore à franchir le pas de la formalisation.
En quittant cette liste grise en ce mois de juin 2026, l’Algérie normalise ses relations financières avec le monde et facilite le quotidien de ses opérateurs économiques. C’est un jalon essentiel pour l’ouverture, la sécurisation et la modernisation de son économie.


