Après une année 2025 désastreuse — perte nette de 22,3 milliards d’euros, deuxième plus lourde jamais enregistrée par un groupe français — Stellantis renoue avec les bénéfices. Le groupe a publié ce 30 avril ses résultats du premier trimestre depuis Amsterdam : chiffre d’affaires en hausse de 6% à 38,1 milliards d’euros, bénéfice net de 377 millions d’euros. Un an plus tôt, la même période affichait une perte de 387 millions.
Ce retournement s’explique en partie mécaniquement. En 2025, Stellantis avait passé 22 milliards d’euros de charges exceptionnelles pour financer un freinage dans la production électrique, dont les ventes sont restées très inférieures aux projections. La base de comparaison était donc basse. Reste que les signaux opérationnels s’améliorent réellement.
Les chiffres du trimestre
Le résultat opérationnel courant atteint 1,0 milliard d’euros, avec une marge de 2,5%, contre 0,9% au T1 2025 — soit une progression de 194% en valeur absolue. Les livraisons mondiales ont progressé de 12% à 1,361 million d’unités. Le free cash flow industriel reste négatif à -1,9 milliard, mais c’est 37% de mieux qu’un an plus tôt.
Le groupe précise que ce déficit intègre encore 0,7 milliard de sorties liées aux charges exceptionnelles du second semestre 2025 — autrement dit, la cicatrice de 2025 n’est pas encore totalement refermée. La liquidité disponible s’établit à 44,1 milliards d’euros. En mars, Stellantis a émis 5 milliards de billets hybrides perpétuels pour consolider son bilan. Antonio Filosa, PDG depuis mi-2025, a confirmé les perspectives annuelles : hausse des revenus nets, amélioration de la marge AOI et du free cash flow industriel.
Algérie : +18%, le meilleur élève de la région MEA
Sur le plan régional, c’est le chiffre algérien qui retient l’attention. En zone Moyen-Orient et Afrique, les ventes de Stellantis ont résisté sur un marché régional en recul de 4% — la part du groupe dans la zone passe à 11,5%, +50 points de base sur un an. Ce qui a tenu la performance, c’est l’Algérie, avec une croissance de 18% des ventes sur le trimestre.
Il est à noter que Fiat El Djazair, filiale du groupe Stellantis, est l’unique fabricant local de véhicules touristiques et utilitaires. Les autorités ont attribué plusieurs licences, notamment à des constructeurs automobiles chinois, dont l’activité n’a pas encore vu le jour.
Ce résultat s’ancre dans un investissement industriel concret. L’usine Fiat de Tafraoui, inaugurée en décembre 2023, est passée de 17 000 véhicules assemblés en 2024 à 53 000 en 2025 — un triplement en un an, quand bien même l’objectif initial de 60 000 n’a pas été atteint. Au total, depuis le lancement, 80 000 véhicules ont été produits sur le site et 5 000 emplois directs et indirects ont été créés, selon Raoui Beji, directeur de Stellantis El Djazair. Pour le seul premier trimestre 2026, l’usine a assemblé plus de 30 000 voitures, soit plus que toute la production de l’année 2024. L’objectif 2026 est fixé à 90 000 unités.
Les lignes de ferrage et de peinture opérationnelles depuis septembre 2025 ont permis de basculer du mode SKD (assemblage partiel) au CKD (assemblage complet incluant soudure et peinture). La Grande Panda sera le premier modèle fabriqué en CKD dans l’histoire de l’industrie automobile algérienne.
Le marché algérien en 2025 : une demande structurellement sous-satisfaite
L’Algérie affiche un parc d’environ 7 millions de véhicules pour 45 millions d’habitants, taux d’équipement inférieur à la moyenne régionale. La demande est réelle et documentée : des phénomènes de spéculation sur les listes d’attente Fiat ont conduit le ministère de la Justice à interdire en avril 2025 aux notaires d’enregistrer des ventes de voitures neuves de fabrication locale par procuration — un cas pratique qui illustre la tension sur l’offre.
Stellantis contrôle 60% du marché algérien des véhicules neufs via Fiat et Opel, avec 50 concessions couvrant 76% du territoire (données 2025). Cette position dominante reste toutefois exposée. Sur une trentaine de demandes d’implantation d’usines déposées, 75% proviennent de constructeurs asiatiques. Chery, JAC et Geely avancent. Stellantis a donc intérêt à concrétiser rapidement l’extension annoncée de Tafraoui : l’objectif est de porter la capacité à 135 000 véhicules par an d’ici 2028, avec 1 000 emplois supplémentaires à la clé.
MEA et Afrique : le VUL comme colonne vertébrale
Sur les utilitaires légers, Stellantis Pro One maintient son leadership en Algérie, en Tunisie, en Turquie (48,8% de part de marché) et au Maroc (22,6%). Les ventes mondiales de VUL du groupe progressent de 7% ce trimestre. En Afrique du Sud, le lancement de la Citroën Basalt et un doublement des ventes du Peugeot Landtrek sur le trimestre constituent des signaux de développement sur un marché encore peu mature pour Stellantis.
Le reste du monde : la facture européenne, le rebond américain
L’Amérique du Nord est le moteur principal. Les ventes progressent de 6% — 4% aux États-Unis, 15% au Canada, 19% au Mexique — sur un marché américain lui-même en recul de 6%. Ram affiche +20% aux États-Unis, son meilleur trimestre depuis le T1 2023. La part de marché remonte à 7,9%.
L’Europe élargie progresse de 5% en volume (8% avec Leapmotor), avec une part EU30 à 17,5%. Mais le chiffre d’affaires net européen n’augmente que de 1% à 14,4 milliards, sous l’effet d’une politique délibérée de baisse des prix — et le résultat opérationnel de la zone plafonne à 8 millions d’euros, plombé par les coûts de restructuration. L’Europe fait de la croissance en volume et perd de la marge. C’est le prix du repositionnement tarifaire engagé depuis la sortie de Carlos Tavares.
L’Asie-Pacifique recule de 4% globalement, exception notable : l’Inde bondit de 71%, portée par la gamme restylée Citroën. Sur des volumes encore limités, mais une direction qui mérite attention pour les prochains trimestres.


