Le mémorandum a été paraphé mercredi soir. Ce matin, à l’ouverture des marchés européens, le Brent perdait près de deux dollars pour tomber à 77,96 dollars le baril, et le WTI cédait davantage encore à 74,85 dollars, soit un recul de 2,53 % en séance.
L’accord-cadre signé à Versailles entre Washington et Téhéran marque la première percée diplomatique formelle depuis l’échec des négociations de Vienne en 2022. Neuf mois de pourparlers discrets, conduits via un canal qatari selon plusieurs sources concordantes, ont abouti à un texte en quinze articles dont le contenu n’a été que partiellement divulgué.
Les points rendus publics prévoient la levée progressive de certaines sanctions américaines sur les exportations de brut iranien, en échange d’un plafonnement du programme d’enrichissement de l’uranium à 20 % et d’une reprise des inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Téhéran s’est en outre engagé à ne pas entraver la navigation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial acheminé par voie maritime.
La prime de risque s’évapore
C’est précisément cet engagement sur Ormuz qui a fait décrocher les cours. Depuis le 28 février, date des premières frappes américano-israéliennes sur le territoire iranien, les tensions autour du détroit avaient alimenté une prime de risque estimée entre quatre et sept dollars par baril. Le centre britannique UKMTO n’enregistrait plus que cinq passages quotidiens de pétroliers, contre une moyenne historique de 138 transits. Le Brent, qui se négociait à 60 dollars en janvier, avait dépassé 119 dollars au pic de l’escalade de mars. Cette composante sécuritaire disparaît mécaniquement du prix dès lors que Téhéran signe un engagement écrit, même conditionnel.
Le retour potentiel du pétrole iranien sur le marché mondial est l’autre facteur de pression. L’Iran produisait en mai 2026 autour de 3,2 millions de barils par jour, bien en deçà de ses capacités théoriques. Si les sanctions allègent, les analystes estiment qu’un volume additionnel de 800 000 à un million de barils quotidiens pourrait rejoindre le marché d’ici la fin du troisième trimestre. Pour une OPEP+ déjà fragilisée par le retrait des Émirats arabes unis et des dissensions internes sur les quotas, c’est un scénario que Riyad observait avec une réserve non dissimulée.
Le graphique du WTI sur douze mois résume l’ampleur du retournement. Le baril avait frôlé les 110 dollars au pic de l’escalade printanière. Il cotait 74,76 dollars en milieu de séance jeudi. Soit un recul de 32 % depuis le sommet.
Ce que le texte contient …et ce qu’il esquive
Le mémorandum de Versailles n’est pas un traité. Washington a tenu à ce que le document reste en deçà du seuil conventionnel qui aurait exigé une ratification sénatoriale. C’est un instrument exécutif, révocable par décret présidentiel. Téhéran, de son côté, a obtenu l’inscription explicite du principe de réciprocité progressive : chaque étape de désengagement nucléaire iranien doit être suivie dans les soixante jours d’un allègement de sanction correspondant, sous peine de suspension du mémorandum par la partie iranienne.
Trois points sont restés hors du texte publié. Le sort des avoirs iraniens gelés aux États-Unis, estimés à environ six milliards de dollars, n’y figure pas. Les restrictions sur les transactions en dollars pour les entités liées aux Gardiens de la révolution non plus. Et le statut des missiles balistiques iraniens, sur lequel Washington avait tenté d’obtenir des concessions, a été renvoyé à une négociation séparée. (Le texte intégral du mémorandum n’était pas encore accessible mercredi soir.)
Paris et Berlin ont signé un communiqué commun saluant «l’accord-cadre» tout en indiquant que «la question de la prolifération balistique devait demeurer au cœur des discussions». Formule d’usage, qui masque mal une certaine frustration après avoir été tenus à l’écart des pourparlers préparatoires.
Alger surveille ses recettes
Pour l’Algérie, producteur dont l’équilibre budgétaire repose sur 60 dollars le baril selon les projections de la loi de finances 2026, le repli des cours ne constitue pas encore une menace directe. Le Brent reste au-dessus du seuil critique. Sonatrach, dont les exportations de GNL atteignaient 1,04 million de tonnes en mai, au plus haut depuis octobre 2025, bénéficiait jusqu’ici de la désorganisation des flux du Golfe.
La reconstitution des volumes iraniens sur le marché spot modifierait cet équilibre. L’Iran et l’Algérie, tous deux membres de l’OPEP, ne se font pas directement concurrence sur les marchés européens du gaz. Sur le brut, le Sahara Blend algérien cible une clientèle différente de l’Iranian Light. Mais une OPEP contrainte de réabsorber un Iran producteur à plein régime devra revoir ses quotas collectifs, ce qui touche mécaniquement chaque membre. L’Algérie s’était vu attribuer 6 000 barils supplémentaires par jour en juillet, dans le cadre de la quatrième hausse mensuelle consécutive décidée par sept membres de l’alliance.
La prochaine réunion ministérielle de l’organisation est prévue à Vienne le 4 juillet. L’Iran, exonéré de quotas depuis l’application des sanctions américaines, y retrouverait un rôle actif si le mémorandum tient.


