Tunisie : les protestations contre les industries polluantes reprennent

Mecipsa Amokrane
3 min de lecture
Protestation contre les industrie polluantes à Gabès en Tunisie (DR)

Les mouvements de contestation contre la pollution industrielle ont repris ces derniers jours dans la région de Gabès, dans le sud-est tunisien, relançant un dossier environnemental et économique sensible autour des activités du Groupe chimique tunisien (GCT), principal acteur de la transformation du phosphate dans le pays.

À l’initiative du collectif citoyen « Stop Pollution », plusieurs actions ont été organisées début juin à Tunis et à Gabès à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement. Des rassemblements se sont notamment tenus devant le siège du GCT dans la capitale, ainsi qu’à Chatt Sidi Abdessalem, une zone régulièrement citée parmi les plus touchées par les rejets industriels. Une marche de protestation a également relié le tribunal de première instance au siège du gouvernorat de Gabès.

Les manifestants dénoncent la poursuite des émissions polluantes issues des unités chimiques du groupe et réclament le démantèlement ou la reconversion des installations jugées les plus nocives. Les slogans scandés lors des mobilisations visaient également une décision judiciaire rendue en février 2026, ayant rejeté une demande de suspension immédiate des activités du GCT faute de preuves scientifiques considérées suffisantes par le tribunal.

La pollution industrielle à Gabès est principalement liée aux activités de transformation du phosphate et à la production d’engrais chimiques. Depuis plusieurs décennies, associations locales et habitants accusent les unités industrielles d’émettre des gaz toxiques et de rejeter des déchets chimiques, notamment du phosphogypse, un résidu issu de l’industrie phosphatière.

Selon plusieurs médias tunisiens, les mouvements de protestation se sont intensifiés après plusieurs épisodes de pollution atmosphérique survenus ces derniers mois, ayant provoqué des difficultés respiratoires parmi les habitants. Des médias locaux évoquent également des impacts durables sur l’environnement marin, la biodiversité du golfe de Gabès, la pêche et les ressources hydriques de la région.

Les organisations environnementales estiment que cette crise écologique affecte directement l’activité économique locale, notamment les secteurs de la pêche, de l’agriculture et du tourisme côtier. Gabès constitue par ailleurs l’un des principaux pôles industriels du sud tunisien grâce à la filière phosphatière, un secteur stratégique pour les exportations et les recettes en devises du pays.

Le dossier de la pollution industrielle à Gabès reste ainsi au croisement des enjeux environnementaux, sociaux et économiques, dans un contexte où les autorités tunisiennes cherchent à maintenir l’activité industrielle tout en répondant aux critiques croissantes liées à l’impact écologique des complexes chimiques.

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