Le conseil d’administration de l’U.S. International Development Finance Corporation (DFC) a approuvé, le 16 septembre 2026, une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour le projet Dasa, mine d’uranium développée par la compagnie canadienne Global Atomic dans la région d’Agadez, à 105 kilomètres au sud d’Arlit. C’est le plus important engagement financier américain jamais consacré à un projet minier africain.
Découvert en 2010, le gisement est en développement souterrain depuis novembre 2022, avec une mise en production commerciale visée pour le second semestre 2028. Les accords de vente déjà conclus couvrent 11% du plan minier actuel. Mais l’approbation du conseil d’administration n’équivaut pas à un décaissement : le financement reste conditionné, notamment, à l’identification d’une route d’exportation viable et sécurisée.
Ce n’est pas la première fois qu’un grand producteur d’uranium enclavé se heurte à cette même équation. Le Kazakhstan, dont la production dépasse 40% de l’offre mondiale, exportait l’essentiel de son minerai via le port russe de Saint-Pétersbourg. Depuis 2018, et de façon accélérée depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, la compagnie publique Kazatomprom a développé une route alternative, le Corridor du Milieu, traversant la Caspienne, l’Azerbaïdjan puis la Géorgie, pour livrer sa production sans dépendre de Moscou. Le Niger se trouve aujourd’hui face à une logique similaire : après la fermeture de la route historique vers le port béninois de Cotonou, consécutive au coup d’État de juillet 2023, le pays explore une voie de contournement par le nord, à travers l’Algérie et le Sahara.
Une infrastructure routière déjà réalisée à plus de 90%
La Route transsaharienne, qui doit relier Alger à Lagos sur près de 4 800 kilomètres, est achevée à plus de 90%. Le tronçon algérien, de Tamanrasset jusqu’au poste-frontière d’In Guezzam, est asphalté et globalement terminé. Côté nigérien, il ne reste qu’une portion entre le kilomètre 0 et Assamaka, encore en travaux, mais très avancée.
Un projet ferroviaire Alger-Tamanrasset est par ailleurs à l’étude côté algérien, avec des expropriations déjà budgétisées dans plusieurs wilayas (Laghouat, Ghardaïa, El Meniaâ), pour prolonger la connexion vers le Niger. C’est précisément ce que le Kazakhstan n’avait pas au démarrage de son propre corridor alternatif : une route physiquement praticable avant même la signature d’un accord commercial.
Le rapprochement diplomatique entre Alger et Niamey suit une chronologie précise. Le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, s’est rendu à Alger les 15 et 16 février 2026, occasion à laquelle le projet de gazoduc transsaharien (TSGP) a été relancé. En août, l’Algérie a envoyé des avions au Niger pour appuyer le gouvernement face à une tentative de mutinerie visant la présidence et l’aéroport de Niamey. Sur le terrain énergétique, Sonatrach et la société nigérienne Sonidep mènent des forages conjoints sur le champ pétrolier de Kafra depuis 2024, le long des 950 kilomètres de frontière commune entre les deux pays.
Ce cadre bilatéral s’inscrit dans une doctrine plus large défendue par Alger sur la maîtrise nationale de la chaîne énergétique, portée notamment par le secrétaire général algérien de l’Organisation des producteurs africains de pétrole (APPO), Farid Ghezali.
Un financement encore conditionné à un accord de transit non signé
Le PDG de Global Atomic, Stephen G. Roman, a qualifié la piste algérienne de « nouvelle évolution très prometteuse », citant la brièveté du trajet et les conditions sécuritaires du pays. Une dépêche Reuters, publiée le 17 septembre, confirme que cette option figure bien parmi les pistes étudiées par l’entreprise. Mais à ce stade, aucun accord de transit n’a été signé, aucun port méditerranéen algérien n’a été désigné, et aucun chiffrage n’existe sur le coût ou le financement du corridor. Le yellowcake exige par ailleurs un conditionnement et un contrôle réglementaire spécifiques, encadrés par l’Agence internationale de l’énergie atomique, dont les modalités pour cette route restent à définir.
Cette même contrainte de financement se retrouve sur le TSGP, projet gazier comparable entre les mêmes pays : le coût, estimé à 10 milliards de dollars lors de son lancement en 2009, a depuis grimpé entre 12 et 18 milliards d’euros, sans que la partie nigérienne du tracé ne soit encore construite.
Pour l’heure, l’option algérienne reste une hypothèse portée principalement par l’opérateur minier lui-même. Le précédent kazakh suggère toutefois qu’un tel corridor, une fois amorcé par nécessité géopolitique, tend à s’installer durablement : sept ans après son lancement, le Corridor du Milieu kazakh reste la principale alternative du pays à la voie russe.



