WTI à 114 dollars : pourquoi le brut américain dépasse désormais le Brent

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Le baril WTI cotait 114,83 dollars ce mardi 7 avril 2026 à 08h55, dépassant le Brent de 3,51 dollars — une inversion de la hiérarchie habituelle des marchés pétroliers mondiaux.

À 08h55 ce mardi 7 avril, le baril WTI cotait 114,83 dollars, soit 3,51 dollars au-dessus du Brent. Une inversion inédite qui traduit une défiance structurelle des marchés envers le brut maritime depuis la fermeture du détroit d’Ormuz.

Depuis la fermeture quasi totale du détroit d’Hormuz fin février 2026, les traders paient une prime sur le brut continental américain, jugé plus sûr à livrer que le brut maritime. Le WTI a progressé de 66% depuis le déclenchement du conflit israélo-américain contre l’Iran, contre 50% pour le Brent sur la même période. L’écart entre les deux références atteignait 3,51 dollars ce mardi matin à Londres.

Depuis plusieurs semaines, les manuels de finance pétrolière sont devenus caducs. Le WTI, référence américaine historiquement inférieure au Brent de quelques dollars, le dépasse avec constance depuis début Avril. Ce mardi 7 avril à 08h55, le baril texan cotait 114,83 dollars contre 111,32 pour le Brent, une configuration que les marchés n’avaient pas connue dans cette ampleur et cette durée depuis des années.

L’explication est géographique autant que politique. Le Brent est un pétrole de mer du Nord dont la cotation reflète le prix du brut transporté par voie maritime. Or le détroit d’Hormuz, par lequel transitait en temps normal environ un cinquième du pétrole brut mondial et du gaz naturel liquéfié, reste fermé à 95% de son trafic d’avant-guerre. Un analyste d’AJ Bell a résumé le mouvement : le fait que les traders acceptent désormais de payer une prime sur le WTI « suggère qu’ils s’inquiètent de la livraison du pétrole maritime et se rabattent sur ce qu’ils considèrent comme une option plus fiable ».

Une prime de risque géographique

La hausse du WTI ce mardi matin, à +2,15% en début de séance, s’inscrit dans la même logique que celle qui tire l’ensemble du marché depuis cinq semaines : l’ultimatum de Donald Trump expire ce soir à minuit GMT. Le président américain a conditionné la suspension des frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes à la réouverture du détroit. Téhéran a rejeté la demande, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Esmaeil Baghaei jugeant les négociations « incompatibles avec les ultimatums ».

Pour le WTI, une nouvelle escalade renforcerait mécaniquement sa prime sur le Brent : toute réduction supplémentaire de l’offre maritime valorise davantage le brut continental américain, acheminé par pipeline et non par tanker. À l’inverse, un accord de cessez-le-feu de 45 jours, dont les contours seraient en discussion selon plusieurs sources diplomatiques, ferait replonger les deux références, le WTI probablement plus fortement que le Brent, puisque sa prime actuelle est construite sur cette prime de sécurité logistique.

Mai à 130 dollars ?

L’OPEP+ a décidé dimanche d’augmenter ses quotas de production de 206 000 barils par jour pour mai, une mesure jugée insuffisante par les analystes pour compenser les perturbations en cours. Pour le WTI, cette décision change peu de choses : le brut supplémentaire produit en Arabie saoudite ou aux Émirats doit de toute façon transiter par des routes maritimes affectées pour atteindre les marchés asiatiques et européen.

Les projections pour mai convergent vers 130 dollars le baril si le conflit se prolonge. Certains scénarios d’escalade, notamment une saisie américaine de l’île de Kharg, principal terminal pétrolier iranien assurant 90% des exportations de brut du pays, font circuler des projections à 200 dollars selon l’analyste Tamas Varga de PVM Energy.

À minuit GMT, l’ultimatum expire. Les deux baromètres diront dans les heures suivantes si les marchés ont eu raison de parier sur une désescalade.

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