Les principaux groupes énergétiques espagnols accompagneront Pedro Sánchez lors de sa visite à Alger, prévue la semaine prochaine, rapporte le quotidien espagnol El Periódico. Une composition de délégation qui rappelle une réalité rarement démentie : malgré la grave crispation politique provoquée en 2022 par le « giro » (revirement) de Madrid sur le Sahara occidental, le partenariat énergétique n’a jamais cessé de fonctionner. Le gaz est resté le véritable socle de la relation entre Alger et Madrid. Il le demeure.
La visite du chef du gouvernement espagnol consacre une normalisation politique déjà largement engagée, sans que Madrid ait modifié sa position sur le Sahara occidental. Dès février 2025, le président Abdelmadjid Tebboune qualifiait l’Espagne de « pays ami » dans un message adressé à l’écrivain Yasmina Khadra, lauréat du Prix du Parlement des écrivains de la Méditerranée à Valence. Plus récemment, il soulignait que le choix de l’Espagne comme invitée d’honneur de la Foire internationale d’Alger relevait « de la raison et du cœur ».
Un secteur de l’énergie à l’abri des aléas
Hors secteur de l’énergie, la crise politique de 2022 a durement affecté les échanges commerciaux. Les restrictions bancaires décidées par l’Association des banques et établissements financiers (ABEF) ont fortement pénalisé les exportations espagnoles vers l’Algérie, provoquant des pertes estimées à près de 1,75 milliard d’euros à la fin de 2023. Mais le rebond a été tout aussi spectaculaire. Les exportations espagnoles ont progressé de 141 % en 2024, puis de 190 % en 2025, permettant aux échanges commerciaux bilatéraux d’atteindre 8,4 milliards d’euros, un niveau proche de celui d’avant la crise. Recevant son homologue algérien Ahmed Attaf en février 2026, le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares évoquait un « moment extraordinaire » pour les relations économiques entre les deux pays.
Le secteur énergétique a, lui, obéi à une logique différente. Là où les échanges commerciaux ont subi les contrecoups de la crise diplomatique, les flux gaziers n’ont jamais été interrompus. Le robinet gazier ne s’est jamais refermé. Les livraisons via le gazoduc Medgaz — unique liaison directe entre les deux pays depuis la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe transitant par le Maroc en 2021 — ont assuré la continuité de l’approvisionnement de la péninsule Ibérique.
Si certains observateurs ont présenté les renégociations tarifaires intervenues durant cette période comme une « sanction politique » d’Alger, les faits conduisent à une lecture plus nuancée. Les ajustements de prix opérés par Sonatrach relevaient des clauses de révision périodiques prévues dans les contrats de long terme. Des mécanismes comparables ont d’ailleurs été appliqués aux autres grands partenaires européens de la compagnie nationale, notamment l’italien Eni et le français Engie. La logique commerciale est restée dominante, même au plus fort de la crise diplomatique.
Consolider une relation historique
La présence simultanée annoncée des quatre groupes espagnols à Alger illustre la profondeur de ce partenariat. Naturgy — dont Sonatrach détient environ 4 % du capital — consolide une relation historique avec son principal fournisseur de gaz. Repsol représente le volet amont de cette coopération, avec ses activités d’exploration et de production développées en partenariat avec Sonatrach, notamment dans le bassin de Berkine. Enagás, gestionnaire du réseau gazier espagnol, est quant à lui le partenaire de Sonatrach au sein de Medgaz, dont la capacité de transport constitue aujourd’hui le principal corridor d’exportation du gaz algérien vers l’Espagne.
Enfin, la présence de Moeve, nouveau nom de Cepsa, ouvre une autre perspective. Le groupe investit massivement dans les carburants durables, les molécules bas carbone et l’hydrogène vert, notamment en Andalousie. Sa participation à la délégation laisse entrevoir un élargissement de la coopération énergétique entre Alger et Madrid au-delà du gaz naturel. Avec son potentiel solaire exceptionnel et sa proximité géographique avec l’Europe, l’Algérie apparaît comme un partenaire naturel des futurs corridors d’hydrogène vert destinés au marché européen.
Au-delà du symbole diplomatique, la délégation qui accompagnera Pedro Sánchez rappelle une évidence souvent éclipsée par les crises politiques : l’énergie demeure l’infrastructure invisible de la relation entre Alger et Madrid. L’expérience des quatre dernières années montre que les deux pays ont su dissocier, jusqu’à un certain point, les tensions politiques de leurs intérêts énergétiques stratégiques.


