Saïd Sadi a publié aujourd’hui, sur son compte Facebook, une vidéo où il explique les raisons qui l’ont poussé à rester sept ans loin du pays. À cette occasion, il appelle à un débat libre.
« Seul le débat, où chacun pourrait s’exprimer en toute liberté, peut nous permettre de nous reconnecter les uns aux autres si nous voulons enfin offrir à notre peuple l’idée que nos aînés de Novembre et de la Soummam ont voulu voir s’accomplir en libérant leur terre de l’oppression coloniale », lance Saïd Sadi, dans un contexte où beaucoup d’observateurs s’interrogent sur l’opportunité de son retour en Algérie. « Mon retour au pays est désormais fixé. Il aura lieu le 31 juillet », annonce-t-il, saluant le comité de citoyens mobilisé pour l’organisation de l’accueil qui lui sera réservé le lendemain dans son village natal.
Ma génération n’a pas opposé la violence à la violence
Abordant les conditions dans lesquelles il a quitté le pays, il affirme que cet « éloignement n’est ni un choix ni une contrainte », mais qu’il a été dicté par l’écriture de ses mémoires, qu’il considère comme « un devoir impérieux qui perpétuait, qui concluait le combat » de sa génération.
Il développe ensuite les motivations qui l’ont amené à ce travail d’écriture de ses mémoires. « Ce choix était motivé par les frustrations et, pour dire la vérité, les colères que nous avons éprouvées lorsque, jeunes militants, nous recherchions en vain la découverte de notre passé ancien ou contemporain pour trouver des repères sur lesquels nous pouvions construire une alternative à un système politique qui avait nié la liberté des citoyens », explique-t-il.
La deuxième motivation tient au fait que, « pour l’opinion générale, pour le citoyen moyen, seuls les combats livrés les armes à la main méritaient reconnaissance et légitimité ». Or, il estime que la génération d’après-guerre a été confrontée à « un combat particulier ». Il ne s’agissait pas d’affronter un colonisateur, un occupant étranger, mais de se battre contre « un système politique conçu, organisé et géré par des nationaux ». L’homme qui a affronté politiquement les groupes terroristes durant les années 1990 explique comment les jeunes militants de sa génération ont choisi le combat pacifique. « Si nous avions opposé la violence à la violence, nous aurions encore davantage compromis le destin de notre peuple par une violence qui avait déjà fait trop de ravages dans les rangs de notre collectivité. »
“Mettre à plat l’ensemble des problemes”
Cette génération s’est battue seule contre tous. C’est elle qui a « introduit la notion des droits de l’homme qui était alors décriée comme une espèce de poison national introduit par l’étranger », ajoute l’auteur de « Mémoires. La fierté comme viatique (1967-1987) ».
Pour lui, « il était normal que la violence de la guerre de libération se perpétue un peu après l’indépendance », mais cette violence « est malheureusement devenue une forme de pratique politique ». Sadi rappelle que « nous devons absolument, les uns et les autres, pouvoirs et oppositions, sortir de cette pratique politique si nous ne voulons pas durablement hypothéquer le destin de la nation algérienne ».
Il rappelle également qu’en ce qui concerne les militants de sa génération, « nous avons parachevé le combat des jeunes de Novembre 1954 qui, eux-mêmes, s’étaient émancipés de leurs aînés qui étaient restés rivés à des formes de lutte dépassées ». Refusant de dicter aux jeunes ce qu’ils doivent faire, il considère nécessaire de veiller à ce que « la falsification de l’histoire, qui a hypothéqué le développement et l’émancipation du pays, ne leur soit pas à nouveau un obstacle ».
Pour cela, « mettre à plat l’ensemble des problèmes qui préoccupent notre société aujourd’hui » est indispensable, selon lui, et ce débat « doit être libre, transparent et responsable ».


