Algérie : six heures de black-out dans seize wilayas, que s’est-il passé à Sidi Okba ?

Le courant a été intégralement rétabli mercredi vers quatre heures du matin dans les seize wilayas privées d'électricité depuis la veille au soir, une coupure que le gouvernement impute à une « panne technique exceptionnelle » survenue sur une installation de Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra, sous l'effet conjugué de la canicule et de l'humidité.

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Dans la soirée du mardi 14 juillet, vers 22 heures, l’alimentation électrique s’est interrompue simultanément dans seize wilayas, essentiellement dans l’Est du pays, tandis que des coupures étaient signalées à Alger, Bouira et Ghardaïa. Le directeur de l’information et de la communication du ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Khalil Hedna, a expliqué sur les ondes de la Radio algérienne que l’incident déclencheur se situait à Sidi Okba, où une installation électrique d’envergure a cédé sous l’effet combiné de la chaleur et de l’humidité. Le rétablissement, engagé dans la nuit, s’est achevé vers quatre heures du matin ce mercredi, le ministre de l’Énergie Mourad Adjal annonçant la remise en service « totale » de l’installation de Sidi Okba et le retour du courant dans les seize wilayas touchées.

Le Premier ministre Sifi Ghrieb, accompagné de M. Adjal et du conseiller du président de la République chargé de la communication, Kamel Sidi Saïd, a suivi les opérations de réalimentation depuis le Centre de contrôle du réseau national d’électricité, à Alger, jusqu’à leur achèvement au petit matin. Il a remercié, au nom du chef de l’État, les travailleurs du secteur et les agents de Sonelgaz pour avoir réparé « dans un délai record » ce que la communication officielle qualifie de « panne technique exceptionnelle ».

Le ministre de l’Énergie a salué pour sa part les investissements de l’État dans le secteur, qui ont selon lui permis de contenir « ce problème technique complexe » en un temps réduit. Les perturbations relevées hors des seize wilayas concernées ne seraient pas liées à la panne de Biskra, selon le ministère, mais à des surcharges locales imputables aux fortes chaleurs.

Un réseau au sommet de sa charge

L’épisode intervient au terme de quarante-huit heures durant lesquelles le réseau national a enchaîné deux records historiques de puissance. La consommation a atteint 21 176 mégawatts le 12 juillet à 15 heures, avant de grimper à 21 378 MW le lendemain à 15 h 30, des niveaux conformes à la fourchette haute que Sonelgaz anticipait pour cet été, entre 21 350 et 22 550 MW. Le groupe assurait alors disposer d’une marge « suffisante » pour alimenter l’ensemble du territoire « sans recourir au délestage ni aux coupures de courant ». La panne de Sidi Okba s’est produite 48 heures plus tard, sur un système sollicité à son maximum, et à 22 heures, heure de pointe du soir, lorsque la climatisation des logements, ayant emmagasiné la chaleur de la journée, s’ajoute à l’éclairage et aux usages domestiques.

Le poids de la climatisation dans la demande estivale ne cesse de croître d’année en année, la directrice de la communication de Sonelgaz, Fatima-Zohra Merzougui, chiffrait en juin la hausse attendue entre 3,5 % et 7 % selon l’intensité des chaleurs, la demande nationale pouvant doubler l’été par rapport à son niveau de croisière d’environ 10 000 MW. L’été 2025 avait déjà enregistré huit pics successifs de consommation, culminant à 20 628 MW, un épisode que Sonelgaz avait traversé sans coupure généralisée et dont le groupe avait tiré un bilan de modernisation revendiqué, son porte-parole promettant que 2026 serait « l’année de l’exportation ». M. Adjal a reconnu mardi soir que la consommation avait connu « une hausse sensible » par rapport à l’année précédente en raison des chaleurs de ces derniers jours.

Une panne expliquée par la météo, pas par la technique

La version officielle décrit le déclencheur météorologique de la panne, non sa nature technique. Ni le ministère ni Sonelgaz n’ont précisé, à ce stade, quel équipement de Sidi Okba a cédé, s’il s’agit d’un transformateur, d’une ligne de transport ou d’un poste, ni la date de sa dernière opération de maintenance.

Les réseaux de transport sont dimensionnés selon le critère dit N-1, en vertu duquel la perte d’un ouvrage ne doit pas entraîner de défaillance en cascade, or l’incident d’une installation unique a privé de courant seize wilayas pendant près de six heures, de 22 heures à quatre heures du matin. Le « délai record » salué par le Premier ministre mesure la réparation, il ne dit rien de la durée vécue par les habitants, une nuit de canicule sans climatisation dans des régions où le thermomètre ne redescend guère sous les 35 degrés après minuit.

Le ministre avait annoncé fin 2025 la réhabilitation, à partir de 2026 et sur cinq ans, du système de télésurveillance SCADA du réseau de transport et de distribution, un chantier destiné justement à localiser les pannes avec précision et à accélérer les interventions. L’incident de Sidi Okba en rappelle l’enjeu avant même son déploiement, prévu d’abord dans les grandes villes.

Les agents de Sonelgaz demeurent mobilisés pour stabiliser les lignes de haute tension et prévenir tout nouveau décrochage, la vague de chaleur devant se prolonger sur le pays dans les prochains jours.

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