Avant la panne de Sidi Okba, il fallait remonter au 3 février 2003 pour trouver la trace d’un effondrement comparable du réseau national. Ce soir-là, vers 19 heures, un incident au poste de gaz naturel de la centrale du Hamma, à Alger, avait déclenché une cascade de déconnexions privant 28 wilayas de courant, pratiquement tout le nord du pays, pendant environ quatre heures. Le PDG de Sonelgaz de l’époque, Abdelkrim Benghanem, avait détaillé le mécanisme devant la presse, une perte de synchronisme avait arrêté l’ensemble des centrales de production, seules les zones de Hassi Messaoud et Hassi R’mel ayant tenu en se constituant en îlots. L’Espagne et la Tunisie, alors interconnectées avec l’Algérie, avaient ouvert leurs liaisons par mesure de sécurité, isolant totalement le réseau, qu’il avait fallu reconstruire ligne par ligne jusqu’à minuit. M. Benghanem rappelait qu’un précédent existait en 1990.
L’incident de mardi soir présente une ampleur moindre, 16 wilayas contre 28, mais une durée supérieure, près de six heures contre quatre. Entre les deux épisodes, vingt-trois années se sont écoulées sans effondrement généralisé, une longévité que peu de réseaux de la région peuvent revendiquer.
Un intervalle de vingt-trois ans que peu de voisins peuvent afficher
La Tunisie a connu un black-out sur la quasi-totalité de son territoire dans la nuit du 19 au 20 septembre 2023, après une panne à la centrale de Radès provoquée, déjà, par un taux d’humidité proche de 90 %. C’est le réseau algérien qui avait alors permis le rétablissement, en injectant plus de 800 mégawatts vers son voisin.
L’Espagne, réseau européen interconnecté et réputé robuste, a subi en avril 2025 une méga-panne qui a paralysé la péninsule ibérique pendant de longues heures et déclenché des enquêtes officielles. Plus au sud, l’Afrique du Sud vit depuis des années au rythme du « load shedding » programmé d’Eskom, des coupures tournantes de plusieurs heures par jour, tandis que le délestage structurel reste le quotidien de pays comme le Liban ou l’Irak, où les groupes électrogènes privés forment une économie parallèle entière.
Rapportée à ce paysage, la performance algérienne détonne. L’été 2025 avait aligné huit pics successifs de consommation, culminant à 20 628 mégawatts, sans délestage généralisé et sans que les exportations vers la Tunisie, autour de 500 mégawatts quotidiens, ne soient interrompues. Le parc de production installé dépasse 28 000 mégawatts, une marge que Sonelgaz jugeait « suffisante » il y a trois semaines pour passer l’été sans coupure.
Une demande qui double l’été, et qui ne redescendra pas
Cette stabilité est acquise au prix d’une course permanente. La consommation nationale a franchi 80 térawattheures en 2024, contre 52 TWh dix ans plus tôt, portée par la climatisation des ménages devenue le premier poste de consommation domestique, par l’industrie et par le raccordement de plus de 200 000 exploitations agricoles ces dernières années.
Hors canicule, la demande nationale tourne autour de 10 000 mégawatts, elle a dépassé 21 378 MW lundi à 15 h 30, un doublement saisonnier que le réseau doit absorber quelques semaines par an et qui dimensionne, à lui seul, les investissements du secteur. Cette croissance repose par ailleurs presque entièrement sur le gaz naturel, qui alimente 99 % du mix électrique, chaque mégawattheure supplémentaire consommé, l’été venant rogner les volumes exportables.


