Accord de paix entre l’Iran et les Etats -Unis : la signature ne suffira pas à calmer l’inflation

L'accord signé à Versailles (France) mercredi soir met fin au conflit...pas à l'inflation. Le choc énergétique s'est déjà propagé dans les chaînes de production mondiales et les économistes sont formels : il faudra des mois pour que les prix se stabilisent.

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L'accord de paix signé à Versailles le 17 juin ne suffira pas à calmer une inflation déjà propagée dans les chaînes de production mondiales. (Illustration)

Trump avait prévu la Suisse. C’est depuis la galerie des glaces du château de Versailles, lors d’un dîner avec Emmanuel Macron, qu’il a finalement paraphé le texte mercredi 17 juin au soir. «It’s signed», a-t-il lâché en quittant la salle. Le protocole d’accord d’Islamabad, nom officiel du document, met un terme à plus de trois mois et demi d’un conflit déclenché le 28 février par l’attaque américano-israélienne contre l’Iran.

Un accord diplomatique ne réinitialise pas les chaines de prix. En fait, le choc inflationniste provoqué par la flambée de l’énergie depuis fin février s’est déjà diffusé à travers les chaînes de production mondiales, pétrochimie, engrais, aluminium, fret maritime, et ces filières ne se réajustent pas au rythme d’une signature diplomatique, même solennelle.

Dès le jeudi matin, un premier navire de transport de gaz naturel liquéfié battant pavillon français franchissait le détroit d’Ormuz. À 10h30 GMT, l’agence Kpler confirmait déjà six passages de navires chargés de matières premières, soit à peu près autant que la moyenne quotidienne des sept jours précédents. Le blocus physique commence à se lever. Les prix, eux, suivent leur propre calendrier.

Ce que le protocole prévoit, et ce qu’il reporte

Le texte prévoit la fin immédiate des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban, la levée des restrictions sur les exportations iraniennes de pétrole et le déblocage de 46 milliards de dollars de revenus pétroliers gelés. Un plan de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Iran, à élaborer avec les États du Golfe, y figure également.

Sur le nucléaire, Téhéran s’engage à ne pas développer l’arme atomique, mais la question de l’enrichissement d’uranium est renvoyée à une deuxième phase de soixante jours. Sur le tarmac d’Orly, avant de quitter la France, Trump a précisé que l’armée américaine demeurerait dans le Golfe «pendant un certain temps».

Les marchés soulagés, pas guéris

Ce jeudi matin, le Brent perdait 2,06 % à 77,91 dollars, se rapprochant de son niveau d’avant-guerre, situé entre 60 et 70 dollars. C’est un repli, pas un retour. Le prix du gaz en Europe se maintient à 42 euros du mégawattheure, deux fois son niveau d’avant le conflit. Les contrats à terme sur le pétrole restent au-dessus de 75 dollars jusqu’à fin 2027, selon Nathalie Benatia, économiste à BNP Paribas Asset Management, cité par les médias.

La réouverture physique du détroit prendra elle-même plusieurs semaines. Certaines installations de gaz naturel liquéfié doivent être remises en état avant tout redémarrage, sans compter celles qui ont été endommagées. Le coût d’acheminement d’un conteneur entre Dubaï et Rotterdam avait bondi de 180 % entre mars et juin, passant de 2 400 à 6 700 dollars. Les primes d’assurance maritime avaient quadruplé. Lloyd’s of London a annoncé une révision à la baisse de ses grilles tarifaires pour le Golfe, effective en juillet. Quelques semaines, donc.

L’Algérie dans une conjoncture contradictoire

Pour l’Algérie, exportatrice nette d’hydrocarbures, la lecture n’est pas univoque. Des prix pétroliers et gaziers encore élevés soutiennent les recettes de Sonatrach et les équilibres du budget de l’État, sous pression depuis plusieurs exercices. Mais l’économie nationale reste tributaire d’importations manufacturières et alimentaires dont les coûts ont suivi la hausse des intrants énergétiques mondiaux, et ce mouvement n’est pas terminé.

La production mondiale d’engrais a été frappée de plein fouet depuis fin février. Le gaz peut représenter jusqu’à 80 % du coût variable de la fabrication d’ammoniac, base de la quasi-totalité des engrais azotés. Une partie des semis de printemps dans les pays producteurs agricoles s’est réalisée dans ces conditions dégradées. Les prix alimentaires en aval ne reflètent pas encore ce choc. Ils le feront dans quelques mois, au moment précis où l’Algérie importe l’essentiel de son blé et de ses produits laitiers du second semestre.

L’aluminium illustre autrement la profondeur du problème. Ce métal entre dans 40 % des biens manufacturés dans le monde. Le Moyen-Orient en fournissait 9 % de la production mondiale avant le conflit, les cours ont bondi de 30 %, et les équipements industriels importés en Algérie absorbent mécaniquement ce renchérissement. Avec un décalage de plusieurs mois sur les prix à la consommation.

0,8 % en zone euro, la France et l’Italie en recul

La Banque centrale européenne (BCE) table désormais sur une croissance de 0,8 % en zone euro pour 2026, contre 1,2 % dans ses projections de décembre 2025. En France et en Italie, les salaires réels reculeront respectivement de 0,2 % et 0,3 %, selon les calculs de Natixis, ces deux économies étant les moins dynamiques du bloc avant même le début du conflit.

Ces deux pays concentrent une part substantielle des échanges commerciaux algéro-européens. Un ralentissement de leur demande intérieure se traduit mécaniquement par une contraction des commandes et une pression accrue sur les prix des produits importés en Algérie. Aux États-Unis, le choc est d’ampleur comparable mais l’économie s’y amortit mieux, portée par l’investissement massif dans l’intelligence artificielle. Nathalie Benatia révise sa prévision à 2,2 % de croissance américaine en 2026, contre 2,8 % avant la crise.

La chimie et le plastique, en attente

Les industries européennes de la chimie subissent depuis fin février une hausse combinée de l’énergie, des matières premières et du fret. Approvisionnements en soufre, acide sulfurique et solvants ont été perturbés. Les délais de livraison ont allongé sans que les pénuries physiques ne se généralisent, pour l’instant. Les plasturgistes ont répercuté une partie des hausses sur leurs clients, sauf dans la grande distribution et la construction où certains donneurs d’ordre ont bloqué les renégociations tarifaires.

Les négociations définitives sur le nucléaire iranien s’ouvrent vendredi en Suisse. Trump a prévenu qu’en cas de non-respect, «on va probablement revenir aux bombardements».

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