L’Europe fait face à une rupture d’approvisionnement en gaz naturel. C’est la seconde fois que cela se produit en quatre ans. Autant parler de risque chronique à l’échelle de cette industrie. Pour la deuxième fois en quatre ans, les clients européens de Sonatrach se tournent vers elle pour des achats additionnels d’urgence. Et pour la deuxième fois, l’Algérie ne peut être que d’un secours marginal, faute de volumes de gaz disponibles à l’exportation.
La faute à la déplétion de Hassi R’mel ? Elle était connue de longue date et les investissements de boosting se succèdent pour empêcher le gisement géant, qui a donné 80 milliards de m³ par an durant un demi-siècle, de descendre sous les 60 milliards de m³ par an. La faute aux retards de développement de la nouvelle province gazière du Sud-Ouest qui doit apporter aujourd’hui de 10 à 12 milliards de m³ ? Ce sont des aléas supposés intégrés à la complexité de cette industrie, en particulier dans le cas de gisements éparpillés sur un immense territoire à connecter au hub de Hassi R’mel.
La faute au quasi-doublement de la consommation domestique de gaz naturel, déjà sur les talons des 55 milliards de m³ exportés en 2024 ? Sans doute en partie. L’Algérie a touché un nouveau pic de consommation d’électricité en juillet dernier, avec un appel du réseau supérieur à 20 GW/h. Or, la génération d’électricité est un aspirateur galactique de gaz naturel. Le gaspillage de l’énergie en Algérie, en domestique comme en professionnel, est l’un des plus importants au monde, à cause de son coût parmi les plus bas. Gisement dormant de gaz naturel.
Le sabordage de l’électricité solaire
La rationalisation de la consommation domestique d’électricité n’est, bien sûr, pas le seul gisement de gaz perdu pour plus d’exportations vers des clients en crise d’approvisionnement. En 2011, le PNER (Programme national de développement des énergies renouvelables) prévoyait 22 GW d’électricité verte en 2030, pour l’essentiel de l’électricité solaire. Ce programme, amendé en 2015, a été sabordé de bonne foi par une gouvernance pro-carbone par atavisme.
Appels d’offres infructueux, cahiers des charges incohérents, fiscalité sur les composants décourageante, monopolisation par les acteurs publics. À la décharge des autorités algériennes, le piège de l’industrie de la génération d’électricité par cycle combiné. L’Algérie produit à Batna les turbines de General Electric et équipe ses centrales électriques à cycle combiné, réputées moins gourmandes en gaz. Cette filière est devenue une barrière à l’entrée pour les champs solaires du PNER.
L’arbitrage de Sonatrach est naturellement allé vers ce qu’elle maîtrise et développe depuis si longtemps : la génération d’électricité par le gaz, et, désormais, des turbines produites dans le pays. L’architecture de la filière du renouvelable, mettant Sonelgaz au cœur de son développement, a été une erreur politique, pourtant pointée dès le début par de nombreux experts.
À quand la remontada du renouvelable ?
En 2026, la capacité électrique installée en Algérie en renouvelable n’a pas encore dépassé son premier GW, contre, par exemple, 5,6 GW au Maroc. Cette capacité aurait dû se situer entre 12 GW et 15 GW, si la feuille de route du PNER de 2011-2015 avait été exécutée.
C’est ici que se situe l’autre gisement manquant pour venir pallier significativement les ruptures d’approvisionnement des clients européens de l’Algérie. De 12 à 15 GW d’électricité solaire représentent environ 8 à 9 milliards de m³ de gaz par an non absorbés par les centrales électriques en Algérie, et disponibles pour l’exportation. La taille d’un gisement important de gaz naturel, dont, en plus, le coût de développement est concurrentiel avec celui du développement et du raccordement d’une province gazière lointaine.
Tous les experts qui ne s’expriment plus en public savent que l’Algérie a eu tort de ne pas développer son PNER dans un monde où la transition vers le tout électrique s’est considérablement accélérée. Deux événements géopolitiques, des guerres de nouvelles générations, sont venus, en quatre ans, valider l’opportunité stratégique de devenir un grand producteur d’électricité verte.
Pourtant, rien ne transparaît encore dans la gouvernance énergétique algérienne, toujours polluée au carbone, qui ressemble à un sursaut historique pour entamer une remontada du renouvelable. Une remontada que les représentants des grands partenaires européens de l’Algérie suggèrent à chacun de leurs passages à Alger.


