Anthropic appelle à suspendre la course mondiale à l’IA

Maghreb Emergent
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Anthropic, la maison mère des IA Calude.ai et Perplexety, a publié, le 4 juin, via son Anthropic Institute un appel à coordonner une pause mondiale dans le développement des modèles d’intelligence artificielle dits « frontier ».

La proposition, cosignée par Marina Favaro, responsable de la R&D, et Jack Clark, cofondateur et directeur des affaires publiques, repose sur une thèse précise : les systèmes d’IA s’approchent du seuil d’auto-amélioration récursive, c’est-à-dire la capacité à concevoir leurs propres successeurs sans intervention humaine. Ce seuil, selon les auteurs, « pourrait arriver plus tôt que la plupart des institutions ne sont prêtes ».

Anthropic ne se contente pas d’un avertissement rhétorique. La firme cite des données internes : en mai 2026, plus de 80 % du code intégré dans sa propre base de développement a été généré par Claude. Ses ingénieurs produiraient désormais huit fois plus de code par trimestre qu’entre 2021 et 2025. Jack Clark a résumé la situation sur BBC Newsnight avec une image directe : l’industrie roule « avec une pédale d’accélérateur mais sans pédale de frein ».

Pour une coordination multilatérale

La solution proposée n’est pas un arrêt unilatéral — Anthropic admet qu’une telle décision bénéficierait simplement à ses concurrents. La firme plaide pour un mécanisme de coordination multilatérale, comparable dans son principe aux traités sur les armes nucléaires à portée intermédiaire, tout en reconnaissant la difficulté d’une vérification fiable : « Les cycles d’entraînement des IA sont bien plus faciles à dissimuler que des silos de missiles. »

L’obstacle politique est réel. Aux États-Unis, la crainte dominante reste qu’un ralentissement américain offre à la Chine un avantage décisif dans ce que Washington considère comme la course technologique du siècle. Donald Trump a cependant indiqué lors de sa visite à Pékin avoir évoqué une coopération sino-américaine sur la sécurité de l’IA, et a signé le 2 juin un décret invitant — sur une base volontaire — les laboratoires à soumettre leurs modèles à une revue gouvernementale trente jours avant tout déploiement public.

Mais la portée de l’appel d’Anthropic est immédiatement relativisée par son calendrier. La firme a déposé confidentiellement un S-1 auprès de la SEC le 1er juin, en vue d’une introduction en bourse dont la valorisation cible dépasserait 1 000 milliards de dollars.

La coïncidence est difficilement ignorable. Le capital-risqueur David Sacks, conseiller informel de Trump, accuse depuis plusieurs mois Anthropic de mener un « agenda de capture réglementaire » : utiliser la peur pour inciter les gouvernements à des règles qui pénaliseraient ses rivaux moins bien positionnés sur les questions de sécurité.

Le média français Next note de son côté qu’Anthropic emploie dans son texte un anthropomorphisme calculé — attribuer à Claude le statut d’« auteur » du code — pour renforcer l’impression d’imminence du risque. Sur Slashdot, des développeurs rappellent une évidence : toute entreprise sincèrement préoccupée par le danger de l’IA peut cesser d’y investir des milliards. Aucune ne le fait.

La proposition mérite d’être prise au sérieux sur le fond — les données sur l’accélération du développement assisté par IA sont réelles et documentées. Mais le contexte dans lequel elle est formulée lui retire une partie de sa crédibilité. Anthropic est simultanément l’entreprise qui alerte sur la voiture sans freins et celle qui appuie sur l’accélérateur avant de s’introduire en bourse.

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