La branche Assistance affiche, au 31 mars 2026, un chiffre d’affaires de 462,1 millions de dinars, contre 526,6 millions un an plus tôt, selon la note de conjoncture du Conseil national des assurances (CNA). Un décrochage de 12,3%, soit 64,5 millions de dinars de primes évaporées en un trimestre.
Le détail du portefeuille désigne le coupable. La sous-branche voyage et assistance en adhésion individuelle, cœur historique de l’activité, recule de 18,5% en valeur et perd 16 011 contrats sur un an, soit une contraction de 11,1% des souscriptions. Le produit vendu au comptoir des agences, adossé à chaque demande de visa Schengen, ne trouve plus preneur.
Une demande captive, un portefeuille qui fond
L’institution avance deux explications. La première relève de la mécanique comptable. Une partie des primes du mois de mars, générées dans le cadre de partenariats bancaires, n’aurait pas été enregistrée à la clôture du trimestre. L’effet est transitoire et devrait se résorber au T2.
La seconde est autrement plus lourde. Le CNA relie noir sur blanc le repli du portefeuille à «la réduction du nombre de demandes de rendez-vous pour l’obtention de visas de voyage à l’étranger». En clair, l’assurance voyage étant une vente forcée du parcours visa, la fermeture du robinet consulaire assèche mécaniquement la souscription.
Le constat rejoint ce que vivent les demandeurs algériens depuis l’été 2025. Les calendriers de Capago, prestataire des visas français, affichent complet des semaines durant. L’Espagne a resserré ses exigences documentaires au 1er février 2026 pour les catégories de renouvellement à Oran. Washington étudie de son côté une réduction de moitié du nombre d’ambassades africaines habilitées à traiter les demandes. Autant de verrous que ni les assureurs ni leurs distributeurs ne contrôlent, et que le CNA range pudiquement sous l’étiquette de «contraintes exogènes».
Le collectif sauve les meubles
Tout le portefeuille ne plonge pas. La formule voyage et assistance en adhésion collective, souscrite par les entreprises ou négociée en accords groupe avec les banques, bondit de 125,4% et engrange 28,8 millions de dinars de primes additionnelles. Le CNA attribue ce mouvement à la hausse du coût de police observée dès le T1-2025 et à l’attractivité tarifaire de la formule groupe face au contrat individuel.
La ligne de fracture est nette. Le cadre couvert par le contrat de son employeur continue de voyager assuré. Le particulier, lui, renonce faute de rendez-vous. Le rattrapage du collectif, à 28,8 millions de dinars, ne compense qu’une fraction des 93,3 millions perdus sur l’individuel. La tendance baissière de la branche reste intacte.
Des provisions qui gonflent malgré tout
Paradoxe du trimestre, le stock des sinistres à payer de la branche progresse de 32,2% sur un an, à 585,5 millions de dinars. Le mouvement tient à la réévaluation des provisions sur plusieurs dossiers anciens, non à une sinistralité nouvelle. Les indemnisations effectivement versées reculent d’ailleurs de 44,7% sur la période, à 40,3 millions de dinars.
Le taux de règlement de la branche, calculé sur les montants, tombe à 5,3%, contre 14,8% un an plus tôt. Un niveau qui interroge la qualité de service d’un produit déjà vendu sous contrainte.
Le vrai test arrive maintenant. Le deuxième trimestre concentre traditionnellement l’essentiel de la production annuelle de la branche, portée par les départs estivaux vers l’Europe. Entre les liaisons aériennes annulées sur certaines destinations de la diaspora et des guichets consulaires toujours engorgés, les assureurs abordent leur haute saison sans visibilité sur leur premier canal de distribution.


