Assurances en Algérie : le secteur veut se libérer du ministère des Finances

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Dans son rapport d’activité 2025, l’Union Algérienne des Sociétés d’Assurance et de Réassurance (UAR) réclame la création d’une autorité de régulation sectorielle autonome, distincte du ministère des Finances. La demande est formulée avec le soin habituel des documents institutionnels. Elle n’en touche pas moins à un équilibre de pouvoir que le gouvernement n’a aucune raison évidente de vouloir modifier.

Un secteur sous tutelle qui veut en sortir

Le marché algérien des assurances fonctionne sous cadre étroitement administré : l’État fixe les règles, arbitre les litiges et détient, via ses compagnies publiques, une part significative des parts de marché. Ce modèle a produit une relative stabilité, et le taux de pénétration assurantielle parmi les plus faibles du continent. Le Maroc et l’Afrique du Sud, deux pays dotés d’autorités sectorielles indépendantes depuis plusieurs années, font figure de référence gênante que l’UAR cite volontiers.

Le rapport invoque la cybersécurité, l’intelligence artificielle, la finance islamique et la digitalisation des procédures pour démontrer que les enjeux ont changé de nature, trop techniques et trop rapides pour être absorbés par une administration centrale. L’argument tient. Il permet aussi d’éviter de parler de ce qui coince réellement dans le fonctionnement quotidien du marché.

Le rapport oublie l’assuré

Les délais d’indemnisation, les contentieux récurrents entre assurés et compagnies, la faiblesse chronique de l’assurance agricole, la quasi-inexistence de l’assurance-vie dans les bilans des ménages algériens : aucun de ces sujets ne figure dans le document. On y trouve en revanche des comptes rendus de conférences, des annonces de chantiers numériques et des déclarations d’intention sur la gouvernance interne.

C’est pourtant sur ces terrains qu’une autorité indépendante serait attendue. Sa crédibilité supposerait des sanctions réelles, une protection effective des assurés, une capacité à trancher des conflits que l’administration centrale a souvent préféré laisser en suspens. La question des conflits d’intérêts qu’engendrerait mécaniquement un organe où les compagnies pèseraient davantage sur la fabrique des règles ne figure nulle part dans le rapport.

Une opération politique en costume de technocrate

Depuis 2023, le gouvernement a engagé plusieurs réformes du cadre financier touchant directement au marché boursier et aux instruments de mobilisation de l’épargne. Alliance Assurances, cotée à la Bourse d’Alger, incarne à elle seule la tension entre un secteur qui cherche à se projeter vers les standards des marchés financiers et un environnement réglementaire qui peine à suivre. L’UAR saisit cette fenêtre.

Elle choisit pour cela les voies les plus acceptables : un rapport annuel, des références aux bonnes pratiques internationales, un ton qui ne froisse personne. Redistribuer la régulation d’un secteur, c’est redistribuer du pouvoir. Une partie de celui que détient aujourd’hui le ministère des Finances passerait vers un organe où les compagnies auraient davantage d’influence sur la fabrique des règles. C’est une revendication légitime dans son principe. C’est aussi du lobbying, pratiqué avec les outils du technocrate.

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