Assurances en Algérie : l’UAR se dote d’un comité anti-blanchiment

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L’UAR se dote d’un comité anti-blanchiment et conformité. Le secteur des assurances algériennes rejoint officiellement le périmètre des institutions financières surveillées, au même titre que les banques.​​​​​​​​​​​​​​​​

Le rapport d’activité 2025 de l’Union Algérienne des Sociétés d’Assurance et de Réassurance (UAR) acte la création d’un comité ad hoc dédié à la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme, la fraude et la protection des données personnelles. Autrement dit, les compagnies d’assurance algériennes basculent progressivement dans la catégorie des institutions financières soumises à des exigences de traçabilité et de conformité comparables à celles des banques.

Ce glissement n’est pas propre à l’Algérie. Dans les standards du Groupe d’action financière (GAFI), les assureurs figurent depuis plusieurs années parmi les entités assujetties aux obligations de vigilance, au même titre que les établissements de crédit. Ils collectent des primes, versent des indemnités, gèrent des placements et entretiennent des relations commerciales avec des milliers de clients particuliers et entreprises, autant de flux susceptibles d’être exploités en l’absence de contrôles adéquats.

Un marché à deux vitesses

Le comité aura pour mission d’accompagner les membres de l’UAR sur plusieurs volets : dispositifs « Know Your Customer » (KYC), prévention de la fraude documentaire, conformité réglementaire et sécurisation des données personnelles. Sa création révèle en creux une disparité entre compagnies. Certaines disposent déjà d’équipes conformité structurées et de systèmes informatiques adaptés ; d’autres accusent un retard réglementaire. En centralisant l’expertise au niveau de la fédération professionnelle, l’UAR cherche à éviter qu’un maillon fragile ne compromette la crédibilité de l’ensemble du secteur.

Le marché algérien des assurances a franchi en 2025 la barre des 99,3 milliards de dinars de chiffre d’affaires, en hausse de 8,1 %, selon Abdelhakim Berrah, délégué général de l’UAR. Cette croissance commerciale coexiste pourtant avec des fragilités structurelles : fin juin 2025, le stock des sinistres non réglés atteignait 130,2 milliards de dinars, selon le Conseil national des assurances.

La question des données personnelles occupe une place croissante dans ce dispositif. Les assureurs détiennent des informations sensibles sur leurs assurés : identité, patrimoine, données véhicules, parfois antécédents médicaux selon la nature des contrats. Une gestion défaillante de ces données expose les compagnies à des risques juridiques et réputationnels que le secteur n’a pas encore eu à affronter frontalement.

Un signal aux autorités de tutelle

La démarche a aussi une dimension politique. En affichant une capacité d’auto-organisation sur les risques systémiques, l’UAR envoie un signal à la Commission de Supervision des Assurances et aux pouvoirs publics : le secteur entend anticiper les exigences réglementaires plutôt que de les subir. Cette posture n’est pas anodine dans un contexte où l’Algérie cherche à sortir de la liste grise du GAFI, après son inscription en octobre 2024 puis son classement par la Commission européenne parmi les pays à haut risque de blanchiment en juin 2025.

Le secteur de l’assurance s’inscrit dans un mouvement plus large de mise à niveau. La loi 25-10 relative à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme a renforcé les obligations déclaratives pesant sur les professions réglementées. En septembre 2025, la Banque d’Algérie a adopté le règlement n° 25-14, qui précise les procédures internes de conformité des établissements financiers. Les assises des commissaires aux comptes de décembre 2025 avaient déjà posé un cadre similaire d’engagement professionnel collectif.

Le rapport d’activité 2025 de l’UAR sera examiné lors de l’assemblée générale de la fédération, dont la date n’a pas encore été rendue publique. La prochaine plénière du GAFI, attendue en juin 2026, dira si les réformes engagées par l’ensemble du secteur financier algérien, assureurs compris, sont jugées suffisantes pour clore le cycle de surveillance renforcée ouvert en octobre 2024.

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