Tunisie : le virage de l’automobile électrique est lancé, mais tout reste à bâtir

Mecipsa Amokrane
5 min de lecture

La transition vers la mobilité électrique en Tunisie connaît une accélération progressive, portée à la fois par des initiatives privées et par l’émergence d’une stratégie publique encore en structuration. Le lancement du premier modèle 100 % électrique de la marque Chery, l’i03, présenté par la Société Tunisienne de l’Automobile (STA), concessionnaire officiel du constructeur chinois, marque une nouvelle étape dans l’introduction des véhicules électriques sur le marché tunisien.

Ce lancement intervient dans un contexte où la Tunisie affiche des ambitions énergétiques importantes, visant notamment 35 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2030. Dans cette dynamique, la mobilité électrique est de plus en plus présentée comme un levier clé de transformation du système énergétique et du transport.

Un écosystème encore incomplet

Malgré les annonces et les premiers modèles disponibles, les experts soulignent que le développement de la mobilité électrique reste freiné par l’absence d’un écosystème structuré.

Dans une déclaration accordée à la presse locale, le professeur tunisien Adel Ben Youssef estime que le principal défi ne réside pas uniquement dans le déploiement des infrastructures de recharge, mais dans la construction d’une chaîne de valeur complète autour du véhicule électrique.

Selon lui, la Tunisie ne peut pas se limiter à une phase expérimentale avec quelques milliers de véhicules en circulation. « Le problème n’est pas seulement l’absence de bornes. C’est toute la chaîne de valeur qui manque : des mécaniciens formés aux véhicules électriques, des centres techniques spécialisés, des filières de maintenance, une gestion de la fin de vie des batteries, des normes de sécurité et une infrastructure de recharge. »

Il souligne également que même pour un particulier souhaitant acquérir un véhicule électrique, les obstacles restent nombreux en raison d’un écosystème encore incomplet.

Par ailleurs, il note que l’État tunisien n’a pas encore pleinement défini une stratégie globale d’électrification du transport public, considéré pourtant comme un levier central de transition.

Une stratégie basée sur les flottes publiques et professionnelles

Pour accélérer l’adoption des véhicules électriques, l’approche par flotte est présentée comme une solution plus efficace que l’adoption individuelle.

Le professeur Ben Youssef défend ainsi une stratégie ciblée . « L’approche par flotte permet de standardiser les modèles, de former les mécaniciens, de créer des centres techniques, de maîtriser la maintenance, de réduire les coûts et d’accélérer l’apprentissage collectif. »

Les secteurs prioritaires identifiés incluent les bus publics, les taxis et les véhicules de fonction de l’État. Cette approche permettrait également de structurer progressivement un marché local de services et de maintenance.

Des partenariats internationaux pourraient accompagner cette transition, notamment avec des acteurs chinois, déjà présents dans le secteur des bus électriques, via des mécanismes de financement étalés sur plusieurs années.

Des objectifs ambitieux à l’horizon 2030

Dans ce contexte, le gouvernement tunisien a récemment réaffirmé ses ambitions en matière de mobilité électrique. L’objectif affiché est d’atteindre 50 000 véhicules électriques en circulation d’ici 2030.

Pour accompagner cette initiative, un dispositif fiscal et financier est prévu dès 2026, en parallèle d’un plan de déploiement d’infrastructures de recharge sur l’ensemble du territoire.

Ces mesures visent à lever certains des freins actuels à l’adoption des véhicules électriques, tout en stimulant l’investissement privé dans le secteur.

Une transition encore à structurer

Si les premières initiatives, comme le lancement de la Chery i03 par la STA, témoignent d’un intérêt croissant pour la mobilité électrique en Tunisie, les experts s’accordent sur un point : la réussite de cette transition dépendra moins du nombre de véhicules introduits que de la capacité à construire un écosystème complet, cohérent et durable.

Entre ambitions politiques, contraintes économiques et besoins de structuration industrielle, la mobilité électrique en Tunisie apparaît ainsi comme un chantier stratégique encore en phase de construction.

Partager cet article