Rosario Pistorio ne pense pas à la transition énergétique en termes de remplacement. L’administrateur délégué de Sonatrach Raffineria Italiana (SRI), qui dirige la raffinerie sicilienne d’Augusta, refuse l’idée d’une simple substitution d’une source d’énergie par une autre, dans l’entretien qu’il a accordé au magazine italien Muoversi. Il décrit un processus long, nécessitant la coexistence de plusieurs technologies pendant des années, et affirme que le raffinage doit rester essentiel à la sécurité énergétique et à la compétitivité industrielle, tout en évoluant vers des procédés moins carbonés.
Il va plus loin sur sa propre raffinerie. Augusta n’est pas seulement, selon lui, une infrastructure du présent, elle peut devenir une « plateforme habilitante de la transition énergétique ». La formule reste générale, sans détail sur les technologies concernées ni sur un calendrier d’investissement.
Priolo, à quelques kilomètres, la formule déjà appliquée
Ce à quoi elle ressemble existe déjà sur la même île. Eni et le Koweïtien Q8 construisent à Priolo, en Sicile, une bioraffinerie d’une capacité de 500 000 tonnes par an, flexible entre le diesel HVO et le kérosène durable SAF, approuvée par les deux conseils d’administration en février. Le projet s’ajoute à la conversion de la raffinerie de Sannazzaro, financée par un prêt de 500 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement, et à celle de Livourne, déjà achevée. Eni vise 5 millions de tonnes de capacité de bioraffinage d’ici 2030, dont plus de 2 millions de tonnes de SAF, portées par sa branche biocarburants Enilive, dont le profit ajusté a progressé de 45 % sur un an au premier trimestre.
Côté Augusta, la coexistence de technologies évoquée par Pistorio se résume pour l’instant à un produit. En janvier, la raffinerie a lancé la production commerciale d’essence E5, un mélange contenant 5 % d’éthanol, avec un premier camion-citerne expédié le 14 janvier depuis le terminal sicilien. L’éthanol vient d’un fournisseur local, l’usine IMA de la province de Trapani. Le taux de 5 % correspond au plancher réglementaire européen, pas à un objectif au-delà des obligations.
Pistorio évoque aussi l’hydrogène parmi les technologies d’une future approche neutre. Le mémorandum signé avec l’Azerbaïdjan pour l’approvisionnement d’Augusta prévoit seulement d’« examiner la possibilité de mise en œuvre de projets de production d’énergie verte », hydrogène compris, sans calendrier ni montant.
L’entrée en service de la bioraffinerie de Priolo est prévue pour 2028.


