À 106 dollars par véhicule assemblé, le Maroc est la nation automobile la moins chère du monde, devant la Chine et le Mexique. Renault et Stellantis l’avaient compris avant tout le monde.
Un seul chiffre suffit à mesurer l’ampleur du phénomène. En 2024, assembler une voiture au Maroc coûte 106 dollars en main-d’œuvre. En Allemagne, la même opération revient à 3 307 dollars. L’écart, soit un rapport de un à trente et un, est tout simplement, le résultat d’une transformation industrielle que le cabinet Oliver Wyman, dans son rapport annuel Harbour Report publié en mai 2025, qualifie de structurelle.
L’étude, qui analyse plus de 250 usines d’assemblage dans le monde, place le Maroc au premier rang mondial des pays à plus faible coût de main-d’œuvre par véhicule. Loin devant la Roumanie, deuxième du classement avec 273 dollars, le Mexique à 305 dollars, la Turquie à 414 dollars et la Chine à 597 dollars. Le pays le plus souvent cité comme référence du bas coût industriel est devancé par un pays maghrébin de 40 millions d’habitants.
«Le coût de la main-d’œuvre par véhicule est devenu l’étalon-or de la performance manufacturière dans l’automobile», estime Jim Schmidt, vice-président de la pratique Automobile et Industries manufacturières chez Oliver Wyman. Il précise que dans la plupart des économies automobiles matures, ce poste représente entre 65 et 70 % des coûts totaux de fabrication, ce qui en fait un indicateur décisif de compétitivité globale.
“Le centre de production à bas coût pour les constructeurs français“
La compétitivité marocaine ne s’explique pas par le seul niveau des salaires. Le rapport Oliver Wyman attribue la performance du royaume à la simplification des processus de production, à une infrastructure industrielle modernisée et à la proximité géographique des chaînes d’approvisionnement européennes. Une combinaison que Renault et Stellantis ont été les premiers à exploiter. Plus de la moitié de la production automobile française est aujourd’hui réalisée hors de France, et les usines marocaines de Tanger et de Kénitra en absorbent une part croissante.
Daniel Hirsch, associé chez Oliver Wyman, souligne que «le Maroc est devenu le centre de production à bas coût pour les constructeurs français, de la même manière que le Mexique l’est pour les industriels américains, allemands, japonais et sud-coréens». L’analogie révèle la place qu’occupe désormais le royaume dans la géographie mondiale de l’assemblage automobile.
Cette montée en puissance se lit aussi dans les volumes. Entre 2019 et 2024, la production industrielle marocaine a progressé de 29 %, la hausse la plus forte parmi les dix-huit pays analysés. Dans le même temps, les grands producteurs européens enregistraient des reculs allant de 2 % pour la République tchèque à 36 % pour la France.
L’Europe en repli
L’Allemagne affiche le coût de main-d’œuvre le plus élevé du classement, à 3 307 dollars par véhicule. La France suit à 1 569 dollars, en recul de 36 % sur cinq ans en termes de production. L’Italie et le Royaume-Uni affichent respectivement 2 067 et 2 333 dollars par véhicule.
Oliver Wyman attribue ces niveaux élevés aux syndicats puissants, aux réglementations strictes sur le temps de travail et à la complexité des processus de fabrication. Des contraintes structurelles que les délocalisations vers le Maroc, la Roumanie ou le Mexique visent précisément à contourner.
Le rapport note que les avantages comparatifs du Maroc pourraient être nuancés par les pressions tarifaires en cours, notamment les droits de douane américains susceptibles de remodeler les flux commerciaux mondiaux. Oliver Wyman annonçait fin 2025 la publication prochaine d’analyses complémentaires sur les tarifs douaniers, les stratégies d’approvisionnement et l’expansion chinoise dans le secteur.


