En décembre 2020, Biopharm a mis fin à son contrat de liquidité. Ce mécanisme, par lequel un intermédiaire mandaté intervient en Bourse pour fluidifier les échanges, avait accompagné le titre depuis son introduction en avril 2016. Sa disparition aurait pu fragiliser la valeur sur un marché aussi peu profond que la Société de gestion de la Bourse des valeurs (SGBV). Il n’en a rien été. Depuis, BIO.DZ s’est imposé comme la valeur dominante de la cote algéroise, générant à elle seule l’essentiel des volumes échangés en valeur.
Pour Omar Berkouk, économiste et consultant financier indépendant qui suit la valeur depuis son introduction, la raison tient moins aux fondamentaux opérationnels du groupe qu’à la structure même de son capital. «Les 80 % du capital détenus par des blocs stables, la famille Kerrar à hauteur de 31 % et le consortium ADP Enterprises à 49 %, créent une sorte de plancher naturel sous le cours», analyse-t-il dans une note transmise en exclusivité à Maghreb Émergent. «Aucun de ces actionnaires n’a de raison d’alimenter une pression vendeuse. Le flottant de 20 % est certes le minimum réglementaire exigé par la COSOB, mais il suffit à assurer la cotation sans exposer le titre à des chocs exogènes.»
Un capital verrouillé depuis treize ans
L’architecture actionnariale de Biopharm remonte à 2013. Cette année-là, Abdelmadjid Kerrar, fondateur du groupe en 1991, cède 49 % du capital à un consortium regroupé sous l’entité ADP Enterprises WLL. Ce véhicule associe Development Partners International (DPI), fonds de capital-investissement spécialisé en Afrique basé à Londres, Mediterrània Capital Partners gérant espagnol à présence tunisienne, la DEG, filiale de la banque de développement allemande KfW, et FMC Cofares, coentreprise d’EuroMena Funds et de Cofares, premier distributeur pharmaceutique espagnol avec un chiffre d’affaires supérieur à 2,5 milliards d’euros.
L’opération vise alors à préparer la mise en Bourse, structurer le management et ouvrir les marchés africains à l’export. Trois ans plus tard, en avril 2016, Biopharm entre à la Bourse par une offre publique de vente portant sur 20 % du capital, le minimum légal. La famille Kerrar conserve 31 %, ADP ses 49 %. Le titre est coté depuis lors à Alger sans que cette répartition ait été formellement modifiée.
C’est précisément cette stabilité qui protège la valeur. Sur un marché où la transparence informationnelle demeure limitée, les déclarations de franchissement de seuil ne sont pas systématiquement publiées, les 80 % de capital immobilisé fonctionnent comme un amortisseur. Ni la famille fondatrice ni le consortium financier international n’ont intérêt à vendre dans les conditions actuelles. Le premier parce qu’il conserve le contrôle industriel du groupe. Le second parce que la valorisation, avec un PER (Ratio cours/bénéfice) implicite d’environ 12 fois calculé sur un bénéfice net consolidé de 9,6 milliards de dinars en 2024, reste raisonnable pour un leader pharmaceutique d’un marché émergent.
«Un rendement de 7,1 % difficile à ignorer»
Les fondamentaux opérationnels ne sont pas absents du tableau. Biopharm affiche un chiffre d’affaires consolidé de 85,5 milliards de dinars en 2024, en hausse de 3 % sur un an, et un résultat net en progression de 13 %. La politique de dividende suit la même trajectoire ascendante : 55 dinars par action distribués dès août 2016, 115 dinars en 2021, 160 dinars proposés à l’assemblée générale ordinaire de juin 2025 au titre de l’exercice clos. «Un rendement de 7,1 % au cours actuel, c’est difficile à ignorer pour un investisseur institutionnel algérien en quête de placement actions», souligne Berkouk.
Ce rendement explique aussi la relative régularité des transactions sur le titre. En février 2026, une séance exceptionnelle a vu 10,6 millions de dinars s’échanger en six transactions, un record pour la place algéroise. Le reste du temps, BIO.DZ se négocie par intermittence, avec des séances parfois sans preneur, comme ce fut le cas durant la semaine du 3 au 10 mars 2026, mais sans jamais dégringoler. Le flottant limité à 20 % joue ici un double rôle : il contraint la liquidité, mais il prémunit aussi contre les mouvements de panique.
Le scénario à surveiller
Il existe cependant un risque que Berkouk identifie sans l’amplifier. Les fonds de capital-investissement ont vocation à désinvestir à terme. DPI, Mediterrània et leurs co-investisseurs sont entrés au capital en 2013 avec une logique de sortie à horizon moyen. Si le bloc de 49 % devait se mettre en mouvement, par cession à un investisseur stratégique ou, hypothèse moins probable, par un placement partiel en Bourse, l’impact sur la structure de l’actionnariat serait considérable.
Un tel mouvement pourrait, selon les modalités choisies, élargir le flottant et améliorer la liquidité du titre. Il pourrait aussi modifier les équilibres de gouvernance que la présence de la DEG et de DPI a contribué à professionnaliser depuis treize ans.
La certification obtenue auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) française pour l’exportation vers l’Union européenne est précisément l’un des acquis de cette période. Lies Kerrar, fils du fondateur et directeur général de Med Investment Holding, le véhicule d’investissement diversifié de la famille, n’a jusqu’ici donné aucun signal sur une éventuelle recomposition du tour de table.


