Ce que leurs salaires racontent des joueuses qui font briller l’Algérie à la CAN

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Marine Dafeur
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Samedi 8 août, les Vertes affronteront la Côte d’Ivoire en quart de finale de la CAN féminine 2026, avec une place en demi-finale et un ticket direct pour le Mondial 2027 à la clé. Une performance qui peut devenir historique pour une sélection qui confirme, deux éditions de suite désormais, sa capacité à se hisser à ce niveau de la compétition.

Pendant qu’elles enchantent les stades marocains et animent le fil des réseaux sociaux algériens, une question reste largement absente du débat public : combien gagnent-elles réellement ? Contrairement à leurs homologues masculins, dont les émoluments font régulièrement la Une, les revenus des algériennes restent un angle mort médiatique. Une plongée dans leurs situations contractuelles réelles, club par club, dessine un tableau contrasté — ni misère absolue, ni parité-, mais un système qui interroge.

Des salaires modestes, mais disparates

La majorité des Vertes ne perçoivent pas de salaire de la FAF à proprement parler, mais vivent des rémunérations versées par leurs clubs, en France essentiellement. Roselène Khezami, défenseure de l’Olympique de Marseille, émarge autour de 2 000 euros bruts mensuels. Marine Dafeur et Chloé N’Gazi, respectivement attaquante et gardienne du FC Fleury 91, tournent entre 2 800 et 3 000 euros. Inès Belloumou, désormais fixée à West Ham après un passage par le Bayern Munich, culmine à plus de 3 400 euros — le salaire le plus élevé du groupe, porté par le championnat anglais.

Lina Boussaha, meneuse de jeu passée par Al-Nassr avant de rejoindre récemment Al Ittihad en Arabie saoudite, perçoit environ 2 000 euros. La capitaine Sofia Guellati, à Rodez, se situe autour de 1 670 euros. Moyenne de ce noyau de six cadres : environ 2 480 euros bruts mensuels — loin des standards masculins, mais loin aussi de l’indigence parfois suggérée.

Où se situent-elles dans la hiérarchie du foot féminin français ?

Rapportée à l’échelle du championnat de France, cette moyenne place les internationales algériennes dans une position médiane basse de la pyramide salariale. Le fossé entre l’Olympique Lyonnais (autour de 12 000 euros de moyenne mensuelle) et le Paris Saint-Germain (9 000 à 13 000 euros selon les saisons) d’un côté, et la quasi-totalité des autres clubs de l’autre, structure entièrement le championnat.

Les algériennes, réparties entre Marseille, Fleury, Metz, Rodez ou Guingamp, se situent globalement dans la même fourchette que des clubs « du milieu » comme Montpellier (2 600 euros) ou le Paris FC (2 700 à 3 000 euros), et nettement au-dessus des clubs les plus modestes de la division, où certaines joueuses sous contrat fédéral ne dépassent pas 1 600 euros. Leur profil est donc celui de joueuses de milieu de tableau du football féminin français, une position honorable, mais qui reste très en retrait de ce que le sport professionnel masculin considérerait comme un salaire de sportif de haut niveau international.

Un fossé qui dépasse les frontières algériennes

Comparé à celui de leurs homologues masculins internationaux, l’écart devient vertigineux. L’attaquant Youcef Belaïli a évolué au MC Alger pour un salaire mensuel estimé à 65 000 euros — jusqu’à trente fois plus que certaines Vertes. Ce ratio dépasse largement la moyenne mondiale calculée par la FIFA, qui évalue à 27 pour 1 l’écart de rémunération entre footballeurs et footballeuses dans les clubs européens. Le phénomène n’est propre ni à l’Algérie ni à l’Afrique : les Super Falcons du Nigeria, pourtant décuples championnes d’Afrique, ont menacé de boycotter la dernière CAN faute de primes versées.

Certaines fédérations ont toutefois amorcé des réformes concrètes : la Nouvelle-Zélande a instauré l’égalité de traitement dès 2018, l’Australie a mis en place en 2019 un partage des recettes identique entre équipes masculine et féminine, le pays de Galles a aligné ses primes de match en 2023, et les États-Unis ont acté l’égalité salariale complète en sélection nationale en 2022. Seules neuf fédérations sur les 211 affiliées à la FIFA appliquent aujourd’hui une parité totale.

Le salaire de Benstiti, symptôme d’un déséquilibre

Un chiffre, à lui seul, résume la question au sein même de la FAF : le sélectionneur Farid Benstiti percevrait entre 20 000 et 25 000 euros par mois, soit davantage que le revenu annuel de plusieurs de ses joueuses. Cet écart, interne à la même institution, ne relève plus de la logique de marché des clubs mais d’un choix budgétaire fédéral. Reste un levier immédiat et déjà activé : les primes.

La CAF, sous la présidence de Patrice Motsepe, a doublé la prime de la nation championne de la CAN féminine à 2 millions de dollars et porté l’enveloppe globale du tournoi à 5,8 millions, en hausse de 67 % par rapport à l’édition précédente. Encore faut-il que ces sommes soient effectivement redistribuées aux joueuses par la FAF — un point sur lequel des tensions étaient encore vives à la veille du tournoi. Faute d’une réforme salariale de fond côté fédération, les primes de compétition restent, pour l’heure, le principal outil de rééquilibrage à la disposition des Vertes.

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