Intitulée « The Macroeconomic Impact of Immigration: A Long-Term Analysis », elle apporte la démonstration scientifique que l’apport de la main-d’œuvre étrangère est le principal levier de productivité de ces trois dernières décennies. Un constat factuel qui met en lumière le décalage abyssal entre les bienfaits réels de l’immigration et des perceptions populaires négatives, savamment verrouillées par une désinformation industrielle et des réflexes complotistes.
Des chiffres incontestables face au mur démographique
Les chiffres présentés ne souffrent aucune contestation et révèlent d’abord une transformation structurelle profonde : la part de la population née à l’étranger a doublé dans l’OCDE depuis 1990, grimpant à 12 % en moyenne. Si l’Espagne (de 2 % à 19 %) ou l’Allemagne (de 9 % à 20 %) ont connu des accélérations fulgurantes, la France suit une trajectoire plus linéaire, passant de 10 % à 15 %.
Mais au-delà du simple constat démographique, l’immigration est désormais le seul rempart contre l’asphyxie économique de l’Occident. Entre 2020 et 2024, la population en âge de travailler dans l’OCDE n’a progressé que de 0,2 %. Sans l’apport migratoire (+3,8 %), l’effondrement mécanique de la population native (-3,6 %), provoqué par la chute de la natalité, aurait paralysé l’appareil productif européen.
Le mythe de la déqualification
L’un des fers de lance de la désinformation consiste à dépeindre l’immigration sous les traits d’une main-d’œuvre sous-qualifiée pesant sur les systèmes sociaux. L’étude de Giovanni Peri prouve exactement l’inverse : les immigrés sont globalement plus qualifiés que la population locale. À l’échelle de l’OCDE, la moitié des nouveaux arrivants depuis 1990 possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur (université ou équivalent). À titre de comparaison, en France, seuls 43 % des 25-64 ans ont atteint ce niveau d’études.
L’impact de ce capital humain sur la richesse nationale est spectaculaire. Giovanni Peri calcule qu’une hausse de 1 % de la population immigrée augmente le PIB par travailleur de 1,2 % au bout de vu cinq ans, et de 1,9 % au bout de dix ans. L’immigration n’apporte pas seulement des bras ; elle est le moteur même de l’innovation et explique à elle seule un tiers (33 %) des gains de productivité enregistrés par l’OCDE depuis 1990.
Comment fonctionne cet effet multiplicateur ? D’abord par l’investissement productif (“capital deepening”) : en comblant les pénuries de main-d’œuvre et en brisant les goulots d’étranglement sectoriels, l’arrivée de travailleurs redonne de la visibilité aux chefs d’entreprise, qui réagissent en augmentant la concentration de capital par travailleur. Ensuite, par un dynamisme entrepreneurial : qu’il s’agisse de commerces de proximité essentiels ou de diplômés de masters lançant des start-up technologiques, les immigrés affichent un taux de création d’entreprises très élevé, directement corrélé à une hausse des dépôts de brevets.
Pourquoi la désinformation l’emporte sur les faits
Si les bénéfices économiques sont aussi massifs et cohérents, pourquoi l’impopularité de l’immigration atteint-elle des sommets ? L’économiste Giovanni Peri, cité par le journal “Le Monde”, évoque un verrouillage médiatique et psychologique majeur : « Le problème est que les scientifiques n’ont pas réussi à trouver un slogan aussi efficace que “les immigrés prennent votre travail”. C’est faux, aucune donnée ne le montre, mais ça marche. »
La désinformation est redoutablement efficace car elle repose sur des mécanismes éprouvés de manipulation de l’opinion. Par la focalisation obsessionnelle sur l’anomalie d’abord : le débat public ne s’enflamme que face aux faits divers ou aux images spectaculaires de traversées illégales aux frontières. En revanche, la réussite silencieuse des millions d’immigrés qui font tourner les entreprises, les hôpitaux et les laboratoires reste invisible.
Ensuite, le piège du court terme contre le temps long : les gains économiques de l’immigration sont macroéconomiques, diffus et s’évaluent sur le temps long. La désinformation, elle, sature l’espace avec les coûts logistiques locaux et immédiats (hébergement d’urgence, infrastructures saturées), transformant des ajustements de court terme en panique existentielle.
Enfin, l’amalgame et la fabrique de peurs : en fusionnant l’immigration régulière, le droit d’asile, les étudiants et la délinquance sous un seul prisme anxiogène, les rhétoriques populistes fabriquent des peurs imperméables à la rationalité. Tout comme pour le scepticisme climatique, les théories du complot — à l’instar du « grand remplacement » — fonctionnent sur l’idée d’une machination des élites. Elles créent ainsi des « vérités alternatives » fondées sur le rejet des données factuelles et des statistiques officielles des grandes institutions comme l’OCDE.
À Sintra, les experts ont été clairs : l’immigration est une perfusion vitale pour les économies occidentales vieillissantes. Encore faut-il que les faits parviennent à s’imposer contre les vents mauvais des populismes qui ont le vent en poupe en Europe, largement portés par les plateaux de télévision en continu et les biais des algorithmes.


