Croissance africaine : 4,5 % en 2025 selon Afreximbank, au-dessus de la moyenne mondiale

Maghreb Emergent
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Le siège d'Afreximbank au Caire, dont le bilan annuel 2025 crédite le continent africain d'une croissance de 4,5 %. © DR

Le 8 avril 2025, le FMI publiait sa mise à jour des Perspectives économiques mondiales où l’Afrique subsaharienne y décrochait une révision à la baisse. Trois semaines plus tard, Afreximbank livrait son propre bilan : le continent avait crû de 4,5 % en 2025, contre 3,4 % l’année précédente. Même période. Deux lectures opposées. L’écart entre les deux institutions dit quelque chose sur la difficulté de traiter «l’Afrique» comme une unité statistique.

Sur le seul chiffre du PIB réel, 4,5 % dépasse la moyenne mondiale (3,4 %), les économies avancées (1,9 %) et reste en dessous des émergentes d’Asie (5,5 %, en légère décrue). Le classement tient. Ce qu’il ne dit pas est plus utile.

L’Afrique de l’Est a progressé de 6,7 % en 2025 contre 3,7 % en 2024, tirant le mouvement continental. Deux pays gonflent la moyenne : le Soudan du Sud, en rebond de 46,1 % après deux années de contraction sévère, et le Soudan en reprise à 3,2 %. Mais même sans ces effets de base, la dynamique tient. L’Éthiopie a progressé de 9,2 %, portée par l’industrie manufacturière et des réformes macroéconomiques dont les effets se lisent dans les comptes. Rwanda : 7 %. Ouganda : 6,7 %. Tanzanie : 5,9 %. Au Sénégal, 7,9 % en 2025 — première année pleine d’exploitation offshore de pétrole et de gaz. Le pays rejoint le groupe des producteurs récents qui redistribuent les cartes du classement régional sans avoir demandé la permission.

Le Nigeria, 220 millions d’habitants, s’est maintenu à 4 % grâce à la production pétrolière en hausse et à la stabilisation du naira. L’inflation y atteignait encore 23 % en 2025. Performance réelle, pouvoir d’achat en berne.

Après 2,4 % en 2024, l’Égypte a rebondi à 4,4 %. La livre s’est stabilisée, les recettes touristiques ont tenu, l’inflation a reculé de 33,3 % à 20,4 % sous l’effet d’une politique monétaire plus serrée. Le grand musée de Gizeh, ouvert au public cette année-là, a contribué aux flux touristiques. Modestement, mais de manière mesurable selon les données du rapport.

L’Algérie, troisième PIB du continent, a progressé de 3,8 % en 2025 contre 3,7 % en 2024. Le Maroc a accéléré à 4,9 %. La Libye affiche 15,9 %, résultat de la normalisation de sa production pétrolière après des années d’instabilité institutionnelle. Ce chiffre est réel et à peu près inutilisable en comparaison directe.

L’Afrique australe à la traîne

L’Afrique australe n’a progressé que de 2,1 %. L’Afrique du Sud, première économie de la région, s’est limitée à 1,1 % : goulets logistiques, délestages, investissement privé stagnant. Le diagnostic ne change pas d’une année sur l’autre. Botswana : -0,9 %, victime de la faiblesse des marchés du diamant. Mozambique : -0,5 %, tensions post-électorales et pressions fiscales cumulées. Le Zimbabwe fait exception avec 7,5 %, après une reprise agricole consécutive à la sécheresse de 2024. L’inflation zimbabwéenne a chuté à 15 % grâce à l’introduction du ZiG, la monnaie adossée à l’or lancée en avril 2024. Expérience trop récente pour qu’on en tire quoi que ce soit de définitif.

L’inflation agrégée du continent a reflué de 21,6 % en 2024 à 13,1 % en 2025. L’Afrique centrale reste autour de 4 %, protégée par l’ancrage du franc CFA à l’euro. L’Afrique de l’Ouest est passée de 25,3 % à 16,8 %, grâce principalement au Nigeria et au Ghana. Au Soudan, l’inflation a dépassé 100 % pour la troisième année consécutive. Le resserrement monétaire a comprimé les prix, pas les taux de prêt bancaire, restés à 13,6 % en moyenne sur le continent contre un taux directeur moyen de 6,83 %. Afreximbank attribue l’écart aux primes de risque souverain et à la faible profondeur des marchés financiers locaux. L’accès au crédit des entreprises en pâtit directement.

Afreximbank projette 4,2 % pour 2026, puis 4,4 % en 2027. Le conflit au Moyen-Orient pèse sur ces prévisions via les prix de l’énergie, le fret maritime et les primes d’assurance. Plus de 60 % des pays africains importent du pétrole et du gaz, la moitié affiche des besoins de financement extérieur supérieurs à 10 % du PIB, et les réserves de change couvrent en moyenne moins de trois mois d’importations. (L’Algérie figure parmi les rares exceptions sur ce dernier point, selon la BAD.) L’Afrique de l’Est conserverait son avance à 6,2 % en 2026. L’Afrique du Sud décélérerait à 1 % avant de reprendre à 1,3 % en 2027.

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