Déclaration de devises en Algérie : le seuil de 1 000 euros face au marché parallèle

Un arrêté publié le 19 juillet précise les modalités d'application du nouveau seuil de déclaration douanière, dix fois plus bas que dans l'Union européenne. Dans une analyse, l'économiste et ancien conseiller du FMI Abdelrahmi Bessaha explique pourquoi ce durcissement risque de ne pas suffire face à un marché parallèle estimé à 10 milliards de dollars par an.

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Depuis janvier, tout voyageur transportant plus de 1 000 euros en devises doit le déclarer aux douanes algériennes. (Illustration)
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Depuis janvier, tout voyageur transportant plus de 1 000 euros en devises, en métaux précieux ou en titres au porteur doit le déclarer aux douanes algériennes, à l’entrée comme à la sortie du territoire. Un arrêté publié le 19 juillet en précise les modalités d’application. Pour Abdelrahmi Bessaha, ce durcissement ne suffira pas, à lui seul, à réduire le marché parallèle des devises.

Un seuil dix fois plus bas qu’en Europe, un risque d’engorgement aux frontières

Le seuil de 1 000 euros découle de l’article 129 de la loi de finances 2026, qui modifie l’article 198 bis du code des douanes. L’arrêté du 12 mai, publié au Journal officiel n° 51 du 19 juillet, élargit le champ de la déclaration aux effets de commerce, aux titres négociables et aux métaux et pierres précieux, en plus des billets et pièces. L’Union européenne fixe pour sa part son seuil à 10 000 euros, un écart qui, selon Bessaha, place l’administration douanière algérienne devant un volume de déclarations potentiellement très élevé, notamment de la part de la diaspora venue soutenir ses proches ou séjourner au pays.

L’économiste distingue trois scénarios pour les postes frontières. Le premier est celui d’un contrôle exhaustif de chaque voyageur, qui risque d’allonger les files d’attente et de multiplier les vols manqués. Le deuxième est un ciblage laissé à l’appréciation des agents, sans critères écrits, qui exposerait l’administration à des accusations de traitement inégal. Le troisième est un dispositif purement déclaratif, où les données seraient collectées sans être réellement croisées ni exploitées. « Le choix ne doit pas être entre le chaos du contrôle exhaustif, l’arbitraire du ciblage opaque et l’inefficacité d’un dispositif de façade », écrit Bessaha, qui appelle à une file dédiée aux déclarations courantes et à des critères de risque documentés et rendus publics.

Un marché parallèle qui pèserait 4 % du PIB, deux logiques à ne pas confondre

Selon les estimations avancées par l’économiste, le marché parallèle des devises brasserait environ 10 milliards de dollars par an, soit près de 4 % du PIB algérien. À l’été 2025, l’écart entre le taux officiel et le taux parallèle de l’euro a pu approcher 75 %. « Le marché parallèle n’est ni un accident ni la simple conséquence d’un manque de surveillance aux frontières », affirme Bessaha, qui met en avant le rationnement des allocations officielles de devises. Il pointe aussi la lenteur des procédures et un taux de change administré qui ne reflète pas la rareté réelle de la devise, un mécanisme qu’a récemment illustré le durcissement de l’allocation touristique, suivi d’une hausse immédiate de l’euro sur le marché noir.

L’analyse met en garde contre une confusion entre deux objectifs. La lutte contre le blanchiment de capitaux, qui a permis à l’Algérie d’obtenir sa sortie de la liste grise du GAFI en juin dernier, vise à repérer l’origine suspecte de certains fonds. Le contrôle des changes, lui, encadre l’acquisition et la détention de devises. Traiter comme suspecte toute opération échappant au circuit officiel reviendrait, selon Bessaha, à ignorer qu’une partie du marché parallèle répond à une demande économique que le système bancaire ne satisfait pas. Un voyageur non-résident qui souhaite ressortir des devises non utilisées devra d’ailleurs justifier qu’elles proviennent d’un circuit de change officiel, formulaire de déclaration à l’appui, une exigence qui pourrait décourager l’entrée de devises plutôt que la favoriser, tant que l’écart entre les deux taux reste aussi large.

La diaspora comme partenaire, les bureaux de change comme levier

« La diaspora doit être considérée comme un partenaire économique à attirer, non comme une réserve de devises à surveiller », insiste Bessaha. Il appelle à agir en parallèle du contrôle douanier. Rendre les bureaux de change réellement opérationnels, avec un approvisionnement régulier et une marge viable. Réduire progressivement l’écart entre les deux taux. Élargir l’accès légal aux devises pour les besoins courants, voyages, études, soins, petites importations. Il rappelle que l’Algérie a accepté dès 1997 les obligations de convertibilité du dinar prévues par l’article VIII des statuts du FMI, sans jamais construire le marché des changes profond que cet engagement supposait.

« On ne résorbe pas durablement un marché parallèle par le seul contrôle », conclut-il. « On le réduit en rendant le marché légal plus simple, plus profond, plus transparent et économiquement préférable. »

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