Dette américaine record : pourquoi l’Algérie doit revoir ses réserves en dollars

La dette américaine a dépassé 40 000 milliards de dollars, et les taux d'emprunt grimpent au plus haut depuis 2007. Une pression qui pose la question des réserves algériennes, encore très concentrées en dollars.

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Une partie des réserves de change algériennes reste placée en dollars, alors que la dette et les taux américains atteignent des niveaux records. (Illustration)

Les États-Unis ont dépassé, le 18 août 2026, les 40 000 milliards de dollars de dette publique. Une accumulation record, qui fait grimper le coût de l’argent dans le monde entier et qui repose, sans le dire, la question de la place du dollar dans les réserves algériennes.

L’économiste Omar Berkouk, consultant financier indépendant chez Alliance Assurances, le confie dans une note adressée à Maghreb Émergent : la Banque d’Algérie garde depuis des années l’essentiel de ses réserves de change en dollars et en titres américains. Or la place du dollar dans le monde recule, doucement, année après année. Les banques centrales achètent plus d’or, diversifient leurs réserves et cherchent à dépendre un peu moins des États-Unis.

Sur les marchés financiers, on avance une raison simple : « les investisseurs exigent une compensation plus élevée pour détenir de la dette longue » américaine, autrement dit ils veulent être mieux payés pour prêter de l’argent à Washington sur une longue durée. Les États-Unis empruntent en effet de plus en plus, avec un déficit budgétaire, l’écart entre ce que l’État dépense et ce qu’il encaisse, équivalant à 6 ou 7 % de la richesse produite chaque année.

Ce mouvement touche à la place du dollar dans le monde : sa part dans les réserves des banques centrales, calculée par le Fonds monétaire international, recule doucement mais sans interruption depuis le début des années 2000, au profit de l’or, du yuan chinois et d’autres monnaies. Pour les spécialistes, ce n’est pas un rejet du dollar, mais une façon de se protéger : les pays veulent réduire le risque de voir leurs avoirs bloqués en cas de sanctions américaines.

Certes, l’Algérie a très peu de dettes en devises étrangères. Elle est donc, en théorie, moins exposée que la plupart des pays émergents à cette hausse des taux américains. Cela ne veut pas dire que la question ne la concerne pas : garder l’essentiel de son épargne en dollars, alors que cette monnaie perd un peu de sa solidité et que l’or reprend de la valeur, a un coût, même s’il reste invisible dans l’immédiat.

Le passage du cap des 40 000 milliards de dollars a été confirmé le 18 août 2026 par le Trésor américain lui-même, dans son relevé quotidien de la dette. Cinq mois plus tôt à peine, elle n’était encore « que » de 39 000 milliards. Selon Omar Berkouk, le taux d’emprunt des États-Unis à 30 ans a dépassé 5,30 %, son plus haut niveau depuis 2007. Autrement dit, prêter de l’argent aux États-Unis sur le long terme rapporte désormais plus qu’à quasiment aucun moment depuis vingt ans, un signal de méfiance des marchés. La France elle-même en ressent les effets : son taux d’emprunt à 10 ans grimpe autour de 4,10 %.

289 tonnes. C’est la quantité d’or achetée par les banques centrales du monde entier entre avril et juin 2026, un record selon le Conseil mondial de l’or, alors même que son prix baissait à ce moment-là, un signe, pour l’institution, d’un choix stratégique plus que d’un simple pari financier. Autre chiffre marquant : la dette américaine représente désormais 125 % de la richesse produite chaque année par le pays, son produit intérieur brut, contre un peu plus de 64 % au moment de la crise financière de 2008, selon les estimations du bureau du budget du Congrès américain (CBO). Pour Omar Berkouk, ce contexte impose à l’Algérie « une vigilance accrue sur la composition des réserves de change, part dollar, or et autres devises, et sur l’arbitrage rendement-risque de contrepartie », en clair, mieux répartir ses réserves plutôt que tout miser sur une seule monnaie.

« La volatilité accrue du dollar renforce l’intérêt d’une réflexion sur la diversification du panier de référence de la Banque d’Algérie et sur l’exposition du commerce extérieur en dollars, hydrocarbures compris, à ces mouvements », écrit-il. Et d’ajouter : « la remontée du prix de l’or profite aux économies disposant de réserves aurifères ou capables d’en accroître la détention dans le cadre de leur stratégie de diversification des réserves de change ».

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