Finance islamique : Fitch situe l’Algérie parmi les marchés émergents sur le sukuk

4 min de lecture
Le ministère des Finances, à Alger, ministère de tutelle du Trésor public et de l'opération de sukuk souverain. (DR)

L’agence de notation Fitch Ratings cite l’Algérie parmi les marchés émergents sur le sukuk souverain, aux côtés de l’Égypte et du Bangladesh, dans une note publiée fin juillet sur les outils de gestion de liquidité des banques islamiques dans le monde. Un mois après cette publication, le Trésor n’avait recueilli que 46,3 % de l’objectif fixé pour son unique émission à ce jour, selon les chiffres du dépositaire central Algérie Clearing arrêtés au 20 août.

Ce rapport permet de replacer ce chiffre dans un contexte plus large. L’Algérie et les autres marchés cités par Fitch comme émergents sont, selon l’agence, partis de peu. Le sukuk, souvent présenté comme l’équivalent islamique de l’obligation classique, conditionne justement la capacité des banques islamiques à placer leurs excédents de trésorerie dans des titres sûrs, un outil que les établissements algériens commencent seulement à découvrir.

Une palette d’instruments encore restreinte

Dans les pays du Golfe, où la finance islamique est la plus développée, les banques disposent d’un éventail bien plus large : certificats de dépôt, placements groupés entre établissements, et une technique en plein essor qui consiste à emprunter à très court terme en mettant des sukuk en garantie, l’équivalent islamique de ce que les banques classiques appellent le repo. Rien de comparable n’existe encore en Algérie, où le marché se limite pour l’instant à une émission unique, sur une seule maturité, longue de sept ans.

Fitch relève par ailleurs que la plupart des grandes places de la finance islamique, du Golfe à la Malaisie en passant par la Turquie, l’Indonésie, le Pakistan, le Bangladesh et la Tunisie, disposent de facilités spécifiques auprès de leur banque centrale, permettant aux banques islamiques d’emprunter ou de placer leurs liquidités dans le respect de la charia. Ces dispositifs manquent en revanche au Maroc, en Égypte et au Kazakhstan. L’agence ne cite pas l’Algérie parmi ces marchés en retard sur ce point précis, faute sans doute d’un secteur bancaire islamique assez développé pour que la question se pose encore avec la même acuité.

Un chantier encore ouvert

L’agence signale aussi qu’il existe très peu de sukuk à échéance courte, remboursables en moins d’un an, dans la plupart des pays du Golfe ainsi qu’en Jordanie et au Nigeria. Ce segment, qui permettrait aux banques de gérer leur trésorerie au jour le jour plutôt que de s’engager sur plusieurs années, reste à construire partout, y compris en Algérie, où l’unique sukuk émis à ce jour porte sur sept ans.

Fitch rappelle enfin que la gestion de la liquidité reste, depuis plusieurs années, la première difficulté citée par les banques islamiques elles-mêmes dans son enquête annuelle. Pour un marché aussi récent que le marché algérien, c’est moins un constat qu’un point de départ : la collecte de 46 % à mi-parcours donne une première mesure concrète de l’appétit des épargnants pour cet instrument, avant que d’autres émissions, à des conditions ou des échéances différentes, ne viennent tester si la demande suit.

Partager cet article