Dans la dix-septième édition de son rapport mondial sur le gaz naturel liquéfié, arrêtée aux données du 31 décembre 2025 et publiée avec le cabinet norvégien Rystad Energy, l’Union internationale du gaz (IGU), organisation professionnelle du secteur, consacre à l’Algérie un constat isolé dans son chapitre sur les usines de liquéfaction, en relevant que le taux d’utilisation des trois complexes d’Arzew «est tombé de 90 % au début des années 2000 à 38 % en 2025», soit moins de la moitié de la moyenne mondiale établie à 83,9 % la même année.
L’organisation attribue ce décrochage à deux facteurs qu’elle place sur le même plan, la diminution de la disponibilité du gaz d’alimentation acheminé vers les trains de liquéfaction et l’augmentation de la capacité installée elle-même, sans hiérarchiser leur contribution respective ni retenir de troisième explication.
Le rapport range ainsi l’Algérie parmi les treize marchés exportateurs, sur vingt-cinq, dont les installations ont fonctionné en dessous de la moyenne mondiale en 2025, aux côtés du Nigeria, dont l’usine de Bonny a tourné à 66,6 % de sa capacité nominale, et du Canada, pénalisé par un démarrage difficile.
Le rapport ne mentionne pourtant à aucun endroit le programme de réhabilitation engagé par Sonatrach sur ces mêmes complexes, dont les travaux se déroulaient précisément pendant l’année couverte par ses données. Dans un communiqué publié le 2 juin 2025 rendant compte d’une visite d’inspection du président-directeur général de l’époque, Rachid Hachichi, à la zone industrielle d’Arzew, le groupe indiquait que l’échangeur thermique principal du train numéro 1 du complexe GL1Z faisait partie d’«un projet de remplacement de quatre échangeurs thermiques principaux», destiné à accroître la capacité de production de gaz naturel liquéfié du site.
Le même communiqué signalait que la station de pompage d’eau de mer du complexe GL2Z se trouvait en phase de réhabilitation et que l’unité de production numéro 5 subissait alors une maintenance périodique de quarante-cinq jours.
Un chantier conduit train par train
Une usine de liquéfaction dont les échangeurs cryogéniques sont déposés ne produit pas, et le taux d’utilisation mesuré par l’organisation intègre mécaniquement ces immobilisations. Le complexe GL1Z, mis en service en 1978 pour une capacité nominale de huit millions de tonnes par an répartie sur six trains, compte aujourd’hui trois trains réhabilités, les numéros 100, 300 et 500, ce dernier ayant reçu son échangeur cryogénique principal en avril 2026.
L’opération a été menée par la Société de maintenance industrielle d’Arzew avec JGC Algeria et les équipes de Honeywell, titulaire du procédé AP-C3MR depuis le rachat de l’activité GNL d’Air Products en septembre 2024.
Les trois usines d’Arzew, GL1Z, GL2Z et GL3Z, toutes détenues à 100 % par Sonatrach et mises en service entre 1978 et 2014, représentent 21 millions de tonnes par an des 25,5 millions de tonnes de capacité algérienne recensées par l’organisation, le solde revenant au complexe de Skikda. Ce parc place l’Algérie au septième rang mondial par la capacité installée, avec 4,9 % du total, mais au dixième rang par les volumes exportés, à 9,7 millions de tonnes en 2025, en recul de 1,9 million de tonnes sur un an.
La contrainte amont que pointe l’organisation reste néanmoins réelle. L’Algérie a produit 101,84 milliards de mètres cubes de gaz naturel en 2025, en recul pour la troisième année consécutive depuis le pic de 2023, pendant que la consommation intérieure progressait de 4 % en février 2026 à 5,17 milliards de mètres cubes, portée par un parc électrique alimenté au gaz à 99 %. Chaque volume consommé par une centrale ou une unité industrielle raccordée réduit d’autant le gaz d’alimentation disponible pour les trains de liquéfaction.
Échéances de 2026 et de 2027
Sonatrach a annoncé un plan d’investissement de 60 milliards de dollars sur la période 2025-2029, dont 80 % fléchés vers l’exploration et la production, et lancé mi-avril 2026 l’Algeria Bid Round, qui ouvre sept blocs aux compagnies internationales avec un dépôt des offres fixé au 26 novembre 2026.
Le retour partiel des volumes s’est déjà traduit sur le marché espagnol au printemps 2026, où l’Algérie a repris la première place des fournisseurs avec 42,6 % des importations de mai, comme Maghreb Émergent l’a établi à partir des données d’Enagas sur le retour du GNL d’Arzew.
Le doublement de capacité conduit en partenariat avec le groupe chinois Sinopec ne produira ses effets qu’à partir de 2027, année où arrive également à échéance le contrat de fourniture de GNL liant Sonatrach à la compagnie turque Botaş, premier acheteur du gaz liquéfié algérien avec 1,02 million de tonnes reçues au premier trimestre 2026, dont les deux parties négocient la prolongation pour un volume annuel de 4,4 milliards de mètres cubes.


