Hydrogène vert : Yaïci fixe les conditions pour que l’Algérie profite des 25 milliards européens

La Commission européenne a annoncé cette semaine une initiative transméditerranéenne dotée de 25 milliards d'euros, dans laquelle l'Algérie figure en bonne place. Pour le directeur général du Green Energy Cluster Algeria, le programme tient la route, à condition que l'Algérie règle d'abord ses problèmes de compétitivité et ses textes d'application.

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Boukhalfa Yaïci, directeur général du Green Energy Cluster Algeria, invité de la Chaîne 3 de la Radio algérienne ce dimanche 14 juin 2026. (capture écran)

Ce dimanche matin, Boukhalfa Yaïci était l’invité de la Chaîne 3 de la Radio algérienne. La Commission européenne venait d’annoncer T-MED, son initiative transméditerranéenne pour les énergies renouvelables dotée de 25 milliards d’euros, avec l’Algérie parmi les partenaires prioritaires. Yaïci a salué l’initiative, en la lisant comme un mécanisme conçu pour «faciliter et réduire les risques et les obstacles qui empêchent que des investissements importants européens puissent se mettre en place dans notre région».

L’Algérie a déjà manifesté son intérêt pour deux projets de cette envergure, le SoutH2 Corridor pour l’hydrogène vert et Medlink pour l’électricité sous-marine. T-MED pourrait, selon lui, débloquer les aides au financement qui manquent à ces deux projets.

Selon lui, «L’Europe pourrait avoir une énergie verte décarbonée» et l’Algérie aurait «la possibilité de produire localement cette énergie, de développer toute la base industrielle» et de «créer énormément de postes d’emploi». Et de changer de statut, en passant «de fournisseur de matières premières énergétiques à fournisseur de produits manufacturés, avec une faible teneur en carbone». Pour illustrer ce potentiel de transformation locale, il donne un exemple : un kg d’hydrogène, c’est 69 % d’énergie verte, 29 % pour l’électrolyseur, 1 % pour l’eau.

Le coût de production, verrou que Bruxelles n’ouvre pas

«Le fait d’avoir du soleil et un peu de vent ne veut pas dire que nous détenons tous les éléments entre les mains pour pouvoir produire à un coût compétitif», prévient Yaïci. Le kWh vert algérien tourne aujourd’hui autour de 5 centimes de dollar. Pour produire de l’hydrogène vert à un coût compétitif, il faudrait atteindre «1,5 à 2 centimes de dollar le kWh». L’écart se comble par le volume et la continuité des programmes.

La séquence qu’il fixe : «s’appuyer sur le programme des 15 000 MW», «finaliser les 3 200 MW actuels», dont les premières centrales ont été livrées en mai, et «lancer le prochain round de 3 000 MW». L’objectif est de permettre aux entreprises du secteur «d’améliorer leurs performances, de réduire leur coût de production, de réduire les délais, d’améliorer la qualité».

Yaïci pointe les erreurs passées sans détour. «On faisait un projet, ensuite on restait pendant des années à ne rien faire», avec pour conséquence que les entreprises perdaient «leur substance», leurs équipes qualifiées, et leurs équipements devenaient obsolètes. Des investisseurs internationaux se sont déplacés en 2025, mais «le fait qu’il n’y ait pas cette visibilité sur l’après-3 200 MW pose un souci de compréhension de la politique algérienne dans ce domaine».

L’article 103, voté mais sans décrets d’application

C’est sur ce point que l’entretien prend une dimension plus immédiate. Yaïci salue le fait que la loi de finances 2026 comporte, pour la première fois, quatre articles en faveur de la transition énergétique. Deux d’entre eux concernent les droits de douane, l’un pour les fabricants de panneaux solaires ramenés à un taux unique de 5 %, l’autre pour le chauffe-eau solaire. Un troisième fixe à zéro les droits sur les électrolyseurs, pour favoriser la production d’hydrogène vert.

Le quatrième, l’article 103, est celui sur lequel le Green Energy Cluster a travaillé le plus. Il permet aux entreprises de déduire jusqu’à 5 % de leurs impôts dus pour les réinvestir dans les énergies renouvelables, l’hydrogène vert ou la reforestation. Yaïci juge ce plafond trop bas, surtout parce qu’il avantage mécaniquement les grandes entreprises, dont les 5 % sur un gros chiffre d’affaires restent significatifs, au détriment des structures plus modestes.

Le cluster a simulé l’impact d’une révision du dispositif sur 785 entreprises recensées par la CRE, consommant chacune plus de 4 GWh par an. Si la déduction passait de 5 % à 30 %, corrélée à un taux de contenu local, le marché potentiel atteindrait 2,4 GW de capacité solaire, avec une économie estimée à environ un milliard de mètres cubes de gaz naturel par an. Valorisé aux prix internationaux actuels, cela représenterait 4 milliards de dollars. Le ratio calculé par le cluster : pour chaque dinar concédé par l’État à l’industriel, le retour fiscal serait de 18,3 dinars.

Ces propositions ont été présentées au ministre des énergies renouvelables, le Dr Adjel, lors d’une rencontre le 9 avril. Le ministère des Finances et la direction générale des impôts ont été également consultés. Yaïci rapporte qu’ils «sont conscients du fait que lorsque vous présentez des éléments avec des chiffres cohérents, ils sont vraiment favorables à ça».

Le problème reste donc entier. Les textes d’application de l’article 103 n’existent pas encore. Les entreprises «ne savent pas à qui s’adresser, comment utiliser cet article de loi de finances». Yaïci demande au minimum que l’État annonce dès maintenant que les investissements réalisés dans les renouvelables en 2026 seront rétroactivement couverts par le dispositif dès que les modalités pratiques seront adoptées, «pour que les investisseurs puissent se préparer».

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