Immigration irrégulière : Alger renforce le dispositif alors que la “route algérienne” persiste

La lutte contre l’immigration irrégulière change-t-elle d’échelle pour l’Algérie? Alors que les flux migratoires clandestins reculent globalement vers l’Union européenne, la route reliant les côtes algériennes à l’Espagne continue, elle, de progresser. Dans ce contexte, Alger renforce son dispositif intérieur tout en approfondissant sa coopération avec Rome et Madrid.

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Le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud a présidé, au Palais du gouvernement, une réunion de coordination consacrée à l’évaluation de la situation et au renforcement de la lutte contre l’immigration irrégulière.

Selon le communiqué du ministère, le ministre a donné des instructions visant notamment à réduire l’activité des réseaux de passeurs et à contenir les différentes formes d’organisation des traversées clandestines.
Derrière cette réunion à caractère sécuritaire se dessine un enjeu plus large : la progression persistante de la « route algérienne », devenue l’un des principaux points de pression du dispositif migratoire espagnol.

La route algérienne, exception au recul européen

Les données de Frontex ont déjà mis en évidence ce phénomène. Alors que les franchissements irréguliers des frontières extérieures de l’Union européenne ont connu un net recul, la route de la Méditerranée occidentale a continué d’enregistrer une progression, largement alimentée par les départs depuis les côtes algériennes.

Le phénomène concerne notamment les routes maritimes reliant le nord de l’Algérie au sud et à l’est de l’Espagne, ainsi qu’aux îles Baléares. La pression exercée sur cet itinéraire a progressivement déplacé le dossier migratoire algérien du terrain strictement national vers celui de la coopération avec les pays européens directement concernés. C’est particulièrement le cas de l’Espagne et de l’Italie.

Avec Rome, une coopération qui se veut plus opérationnelle

Quelques jours avant la réunion d’Alger, Saïd Sayoud s’était rendu à Rome pour rencontrer son homologue italien, Matteo Piantedosi. L’immigration irrégulière figurait parmi les principaux sujets de leurs discussions. Les deux ministres sont convenus de renforcer la coordination sécuritaire et la coopération opérationnelle entre leurs services afin de lutter contre l’immigration irrégulière et de démanteler les réseaux de passeurs. Les discussions portent également sur la formation, l’échange d’expertise et la mise en place de mécanismes d’action communs.

Cette coopération s’appuie sur un cadre bilatéral ancien. L’accord conclu en 1999 entre l’Algérie et l’Italie porte notamment sur la lutte contre l’immigration irrégulière et le retour des migrants en situation irrégulière. Son champ a depuis été élargi à d’autres formes de criminalité transnationale, notamment la traite des êtres humains.

Pour Rome, l’enjeu est de mieux contrôler les réseaux qui exploitent les différentes routes migratoires de la Méditerranée. Pour Alger, il s’agit de contenir une activité de passeurs devenue plus structurée et dont les ramifications dépassent les seules frontières nationales.

Madrid veut également réactiver le partenariat migratoire

Le même mouvement est observable avec l’Espagne. La visite de Pedro Sánchez à Alger, le 20 juillet, a permis de relancer une relation bilatérale longtemps paralysée par la crise diplomatique ouverte en 2022.

L’immigration irrégulière figure parmi les domaines de coopération que les deux gouvernements souhaitent approfondir. La tenue en octobre de la huitième Réunion de haut niveau algéro-espagnole doit donner un cadre politique à cette relance.
Aucun nouvel engagement chiffré majeur d’Alger en matière de réadmission ou de contrôle des départs n’a toutefois été annoncé publiquement à l’issue de la visite de Sánchez. La dynamique engagée relève pour l’heure davantage de la réactivation et du renforcement de mécanismes de coopération existants.

Cette nuance est importante alors que l’Espagne fait face simultanément à une forte pression migratoire sur plusieurs fronts, notamment à Ceuta, où la question migratoire s’est mêlée aux tensions géopolitiques entre Madrid et Rabat.

Un coût humain qui s’alourdit

Alger affirme avoir renforcé ses opérations contre les réseaux de passeurs. Les autorités algériennes ont indiqué que plus de 100 000 tentatives de passage avaient été empêchées en 2024 et 2025 et que plus de 82 000 migrants avaient été reconduits vers leur pays d’origine.

La coopération internationale produit également des résultats opérationnels. Le 7 août, une opération coordonnée par Europol et associant l’Algérie, l’Espagne, la France, le Portugal et la Pologne a conduit à l’arrestation de 78 personnes et au démantèlement d’un réseau utilisant des embarcations dans les deux sens. Le groupe acheminait des stupéfiants depuis l’Europe vers les côtes algériennes avant de réutiliser ces circuits pour transporter des migrants vers l’Espagne. Les opérations auraient généré plus de 24 millions d’euros.

Mais le durcissement du dispositif ne tarit pas les départs et ne fait pas disparaître le risque. Selon Caminando Fronteras, plus de 507 personnes sont mortes ou portées disparues au cours des cinq premiers mois de 2026 sur la route maritime reliant l’Algérie à l’Espagne, soit environ 54 % de plus qu’au cours de la même période de 2025.

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