Infrastructures en Afrique : l’enjeu n’est plus le financement…c’est l’allocation

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Le président ougandais Yoweri Museveni (au centre) et son homologue kényan William Ruto (à droite) lors du Africa We Build Summit 2026, organisé par l'Africa Finance Corporation à Nairobi, le 23 avril 2026. © AFC

« Les pays du continent africain ne sont plus à court de financement ». C’est le constat principal du Rapport sur l’état des infrastructures en Afrique 2026, publié ce 23 avril par l’Africa Finance Corporation. Le problème, selon ce document, tient à l’incapacité à mobiliser et à orienter des ressources qui existent déjà sur le continent, alors que l’aide publique au développement recule structurellement.

4 000 milliards dormants

Les actifs financiers domestiques africains – banques, fonds de pension, assurances et réserves de change confondus – dépassent 4 000 milliards de dollars selon l’AFC. Ils restent pourtant concentrés sur des placements à court terme, essentiellement de la dette souveraine, au détriment du financement d’infrastructures ou de projets industriels.

Le rapport recommande de renforcer les Caisses des Dépôts et Consignations et les fonds souverains pour corriger cette allocation. Il cite dans ce sens la CDG marocaine (Caisse de Dépôt et de Gestion) comme exemple d’institution capable de canaliser une épargne fragmentée vers des projets à long terme.

L’obstacle est souvent réglementaire : le Ghana plafonne à 5 % la part de ses fonds de pension investissable hors frontières ; le Botswana a imposé le rapatriement de 1,7 milliard de dollars pour orienter ces capitaux vers l’économie nationale. L’Afrique de l’Est a fait le choix inverse, en supprimant ces restrictions au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est.

Des corridors, pas des projets isolés

Sur les infrastructures, l’AFC plaide pour une logique régionale plutôt que nationale. Les postes-frontières à arrêt unique (OSBP) en Afrique de l’Est auraient réduit les coûts de transport jusqu’à 87 % selon les chiffres cités dans le rapport. L’Afrique centrale, qui ne dispose d’aucun OSBP opérationnel, cantonne son commerce intrarégional à 2,25 %.

Dans le secteur de l’énergie, le déséquilibre entre production et transport est historique : 99 % des investissements privés ont ciblé la production, ignorant le réseau. Le rapport note une inflexion avec les Projets de Transmission Indépendants (ITP). L’Ouganda a finalisé le premier de la région subsaharienne – le projet Amari, 50 millions de dollars – et le Kenya déploie un partenariat public-privé de 311 millions de dollars dans le même segment. Sans ces interconnexions, l’Angola se retrouve avec 2 GW de capacité hydroélectrique inutilisée, faute de pouvoir exporter vers des pays voisins structurellement déficitaires.

Le modèle algérien selon l’AFC

Le rapport met en avant l’Algérie comme exemple de valorisation locale des ressources. Le pays dispose d’un réseau électrique de 26 GW avec un taux de perte de 9 %, base sur laquelle il a construit une industrie lourde intégrée. Il extrait 2 millions de tonnes de minerai de fer local pour alimenter une production sidérurgique de 4,52 millions de tonnes d’acier.

Dans la pétrochimie, ses réserves gazières alimentent une production annuelle de 2 millions de tonnes d’ammoniac. Ce modèle d’intégration verticale répond à un problème documenté par le rapport : l’Afrique importe chaque année pour 230 milliards de dollars de biens manufacturés souvent fabriqués à partir de ses propres matières premières.

L’exécution, pas les stratégies

Le numérique concentre la même contradiction. Le continent a massivement financé les câbles sous-marins, mais les plateformes et services capables de transformer cette connectivité en activité économique réelle restent peu développés. Le rapport ne propose pas de nouveau diagnostic — il appelle à l’exécution de ce qui est déjà planifié.

Le rôle croissant des institutions financières panafricaines

Africa50 et Afreximbank incarnent la réponse institutionnelle la plus concrète à ce défi d’intermédiation. En huit ans, Africa50 -plateforme d’investissement créée par des gouvernements africains et la Banque africaine de développement – a constitué un portefeuille de 8 milliards de dollars, après avoir dépassé 1,4 milliard de dollars d’avoirs sous gestion directs. Son modèle repose sur la mobilisation de capitaux publics africains pour attirer des financements privés sur des projets que les marchés jugent trop risqués en montage autonome.

En octobre 2025, la BAD, Afreximbank, Africa50 et l’AFC se sont engagés conjointement à mobiliser plus de 100 milliards de dollars dans le cadre de l’Initiative africaine pour l’industrialisation verte, signée en marge du Sommet africain sur le climat à Addis-Abeba. Ce type de coalition institutionnelle représente un changement de méthode : plutôt que des engagements nationaux dispersés, les grandes institutions financières panafricaines coordonnent désormais leurs bilans sur des priorités sectorielles communes.

Afreximbank joue un rôle complémentaire, centré sur le commerce intra-africain et le financement de l’industrialisation. Ses prêts nets ont progressé de 16 % en 2025 pour atteindre 33,5 milliards de dollars, dans des secteurs comme l’industrie manufacturière, les infrastructures et la sécurité alimentaire. La banque porte également le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), adopté par l’Union africaine comme infrastructure de paiement pour la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Elle a par ailleurs constitué un Fonds d’ajustement de 10 milliards de dollars pour accompagner les pays dans leur participation effective à la ZLECAf. Ces outils adressent directement l’un des obstacles identifiés par le rapport de l’AFC : sans infrastructure de paiement et sans mécanismes de partage du risque à l’échelle continentale, la libre circulation des capitaux reste une intention plus qu’une réalité opérationnelle.

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