Une délégation d’une trentaine de patrons algériens, conduite par Kamel Moula (CREA) et accompagnée de l’AAPI, participe du 3 au 6 mai 2026 au SelectUSA Investment Summit, dans le Maryland. Deuxième année consécutive pour l’Algérie. Le chargé d’affaires américain Mark Schapiro est présent tout au long du sommet.
Du dimanche 3 au mercredi 6 mai 2026, le Gaylord National Resort & Convention Center accueille la douzième édition du SelectUSA Investment Summit, grand-messe annuelle de l’investissement direct étranger entrant aux États-Unis. Cinq mille cinq cents participants attendus, plus d’une centaine de pays représentés, des délégués économiques venus des cinquante États américains. Et une trentaine de patrons algériens.
Le Conseil du renouveau économique algérien (CREA) y conduit une mission de haut niveau, en coordination avec l’ambassade des États-Unis à Alger et la représentation diplomatique algérienne à Washington. La délégation rassemble une trentaine de chefs d’entreprise et de représentants de grands groupes nationaux. Elle inclut aussi l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), précise le communiqué publié samedi par l’organisation patronale. À sa tête, Kamel Moula, président du CREA. À ses côtés tout au long du sommet, Mark A. Schapiro, chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis à Alger depuis février 2026, diplomate de carrière qui connaît la maison pour y avoir servi entre 2007 et 2009.
Deuxième participation consécutive. L’Algérie revendique « la première place parmi les pays d’Afrique du Nord » présents au sommet, et un classement « parmi les plus importantes délégations » de l’événement. L’an dernier, en mai 2025, trente-cinq chefs d’entreprise algériens avaient fait le déplacement avec un chiffre d’affaires cumulé de plus de 8 milliards de dollars, selon les données du CREA.
Washington en marge du sommet
Plusieurs rendez-vous bilatéraux sont programmés dans la capitale fédérale, en marge des trois jours de National Harbor. Hauts responsables d’administrations, dirigeants institutionnels, opérateurs économiques. Au menu, les voies et moyens de consolider les échanges entre entreprises des deux pays, selon les éléments fournis par le CREA. Les représentants algériens entendent y défendre l’image d’une destination d’investissement assainie, en mettant en avant les réformes du climat des affaires et la modernisation du cadre réglementaire des activités économiques.
Le format reproduit celui de l’an dernier, à un détail près. En 2025, la délégation avait été reçue par l’ambassadeur d’Algérie aux États-Unis, Sabri Boukadoum, lors d’une cérémonie organisée en son honneur. L’agenda 2026 reste pour l’instant moins explicite sur ce point.
« Faire des deals » dit Lutnick
Le sommet, créé en 2011 par l’administration Obama, vise une seule chose : attirer les capitaux étrangers vers le sol américain. Pas l’inverse. Le secrétaire d’État au Commerce, Howard Lutnick, l’a rappelé sans détour à l’occasion de l’ouverture des inscriptions, fin septembre 2025 : « L’Investment Summit, c’est l’endroit où l’Amérique et le monde se rencontrent pour faire des deals et amener des entreprises dans la plus grande économie du monde». Selon le communiqué officiel du Département du Commerce, le programme a directement permis de générer plus de 135 milliards de dollars de projets d’investissement aux États-Unis depuis sa création, et de soutenir plus de 105 000 emplois sur le territoire américain.
La mission CREA travaille donc à contre-courant assumé. Il s’agit pour Alger d’utiliser les couloirs de National Harbor, l’exposition et les bilatéraux de Washington pour vendre la destination Algérie à un public d’investisseurs et de représentants d’EDOs (Economic Development Organizations) habituellement focalisés sur le sens inverse du flux.
L’arrêt de la Cour suprême a tout changé
Le contexte tarifaire a basculé en cours de route. L’Algérie avait été frappée le 2 avril 2025, lors du « Liberation Day » de Donald Trump, d’un droit de douane réciproque de 30 %, l’un des taux les plus élevés appliqués au pourtour méditerranéen. Tebboune avait dédramatisé l’affaire en juillet, rappelant que les hydrocarbures, qui forment l’essentiel des exportations algériennes vers les États-Unis, étaient exemptés.
Et puis, le 20 février 2026, la Cour suprême a tranché. Six voix contre trois. L’arrêt, rendu sous la présidence du juge John Roberts, a invalidé l’essentiel de l’arsenal tarifaire issu du recours à l’International Emergency Economic Powers Act de 1977, jugé non constitutionnel pour fonder des droits de douane généralisés. L’autorité tarifaire appartient au Congrès, pas à la Maison-Blanche. La taxe de 30 % est tombée. L’administration Trump a immédiatement rétabli un tarif universel de 10 à 15 % sur le fondement de la section 122 du Trade Act, applicable à tous les partenaires commerciaux. Alger se retrouve, sans avoir rien négocié, ramenée au taux plancher.
Sur les chiffres d’IDE, la présence américaine en Algérie reste concentrée sur l’amont pétrolier. Sonatrach a signé en 2025 deux protocoles d’accord avec Occidental Petroleum, sur les réservoirs carbonatés et la récupération assistée du pétrole, en marge du Forum Énergie États-Unis-Algérie. ExxonMobil et Chevron poursuivent des négociations sur les bassins d’Ahnet et de Gourara. Aucun contrat définitif signé à ce stade.


