Kits solaires dans le Sud : Boukhalfa Yaïci réclame des contrats de maintenance sur la durée de vie des panneaux

Le directeur général du Green Energy Cluster Algeria fait de la maintenance contractualisée la première condition de survie des kits solaires destinés aux foyers isolés, après des programmes précédents dont la majorité des installations se sont arrêtées.

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Boukhalfa Yaïci, directeur général du Green Energy Cluster Algeria.
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Le solaire hors réseau est utilisé en Algérie depuis des décennies, et c’est précisément ce qui exaspère Boukhalfa Yaïci. Sollicité par Maghreb Émergent sur ce qui l’a décidé à rendre public, le 4 septembre, un document transmis quatre mois plus tôt à Sonelgaz Distribution, le directeur général du Green Energy Cluster Algeria (GECA) répond que « lorsqu’un acteur ou un organisme public prend le chemin d’un programme ou d’une action pour la première fois, il le fait comme si dans le pays aucune expertise ou aucune expérience ne mérite d’être analysée. C’est le retour à la case départ à chaque fois avec son lot d’échec à la fin du parcours. Ce dossier est en train de suivre le même chemin. »

Vient ensuite ce qu’il appelle le lot d’échec. « L’État se mobilise pour financer de tels programmes, les entreprises répondent au cahier des charges, fournissent les systèmes et assurent la garantie. Au-delà de la garantie, rien n’est prévu pour assurer la pérennité. Au bout de quelques années, les systèmes commencent à tomber en panne faute d’entretien et de maintenance. Les utilisateurs ne sont pas contents, le font savoir autour d’eux et les nouveaux utilisateurs rechignent à accepter le solaire et exigent que des lignes de Sonelgaz les alimentent », détaille-t-il.

La conséquence, poursuit le responsable du Cluster, est que les détracteurs du photovoltaïque en tirent argument pour revenir aux solutions conventionnelles, davantage de lignes électriques et davantage de gaz naturel consommé, dans un pays que l’Agence internationale de l’énergie presse justement de sortir du tout-gaz. Il y voit « un vrai paradoxe ».

Des huit propositions que contient le document, une lui paraît devoir venir en premier. Il s’agit d’« organiser le projet autour d’une maintenance effective avec des contrats pour assurer la pérennité de l’installation durant la durée de vie du panneau solaire », ce qui permettrait de « créer un écosystème d’entreprises qui vont se spécialiser dans le service énergétique ». Encore faudrait-il que le volume suive. « Il faut que les programmes soient consistants. Aller au-delà des 3 000 kits avec une nouvelle vision devrait être la prochaine étape », estime-t-il.

« Séparer la partie étude de la partie fourniture »

Le Cluster préconise par ailleurs de « séparer la partie étude de la partie fourniture et pose », et de conduire des études préliminaires avant le lancement de chaque programme, afin d’en examiner la viabilité technique comme économique. Le hors réseau devrait selon lui être intégré à la démarche d’ensemble des 15 000 mégawatts visés à l’horizon 2035, aux côtés des grandes centrales, des unités de puissance moyenne et des systèmes décentralisés, un objectif déjà révisé à la baisse par rapport aux 22 000 mégawatts initialement annoncés pour 2030. Ces propositions peuvent servir dès maintenant à Sonelgaz pour « rectifier le tir » sur le cahier des charges des sites isolés, avance Yaïci, mais aussi alimenter ceux du programme dit des « 1 000 toits solaires » destiné aux administrations.

Un quart de la capacité manquante

La note d’une vingtaine de pages, qui porte encore la mention « diffusion restreinte », analyse l’appel d’offres national ouvert lancé cette année pour équiper de kits photovoltaïques individuels des foyers non raccordés au réseau, dans dix-neuf wilayas du Sud et des Hauts Plateaux. Le Cluster, qui fédère des industriels de la filière solaire, y relève trois points qu’il classe en priorité critique, le choix de la technologie de batterie, l’absence de supervision à distance et un modèle de maintenance qu’il estime économiquement intenable.

Le premier concerne le stockage. Le cahier des charges impose des batteries au plomb, dites GEL, dont le Cluster évalue la durée de vie réelle à deux à quatre ans dans les conditions du Grand Sud, contre dix à douze ans pour une batterie au lithium. Moins chères à l’achat, elles devraient être remplacées quatre fois sur la durée du programme, quand la solution lithium n’en exige aucun remplacement. Le calcul annexé au document aboutit à un coût du stockage 6,8 fois plus élevé sur quinze ans. La spécification retenue était « acceptable en 2015 », note le Cluster, formule qui vaut jugement sur les onze années écoulées depuis.

Il y a plus embarrassant. Un addendum au cahier des charges a divisé par deux la tension de la batterie sans doubler sa capacité, comme l’arithmétique l’imposait. L’augmentation s’est arrêtée à la moitié du chemin. Chaque foyer se verrait donc livrer un quart d’énergie stockée en moins que ce que le dimensionnement initial prévoyait.

Deuxième réserve, l’absence de tout dispositif de supervision. L’onduleur retenu dispose bien d’interfaces de communication, mais rien n’est prévu pour les exploiter. Sans plateforme centralisée, la panne d’un kit installé à plusieurs dizaines de kilomètres de la première ville se découvre en s’y rendant. Le GECA y voit la première cause d’abandon définitif des installations dans les programmes antérieurs et chiffre à 60 ou 70 % la réduction des déplacements inutiles que permettrait une surveillance à distance. La question du stockage traverse pourtant la stratégie du groupe public, qui avait signé dès 2023 un accord pour produire localement des batteries destinées à l’hybridation des centrales du Sud.

Le précédent des dix mille kits

L’argumentaire s’appuie sur une expérience que l’Algérie a déjà conduite. Les programmes de développement rural lancés dans les années 2000 ont permis l’installation d’au moins dix mille kits solaires à travers plusieurs wilayas. Le document en retient une production quotidienne qui « ne dépasse guère les 1,2 kWh » par foyer, une dégradation irréversible des batteries au plomb liée à une utilisation excessive, et l’arrêt de la majorité des systèmes. Les données du Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique situent le parc hors réseau à 3,73 mégawatts fin 2023 pour les seuls kits en zones isolées, avec 1 098 unités distribuées sur l’année.

Toutes les spécifications ne sont pas contestées, et le document prend soin de le dire. Le Cluster valide le choix des modules solaires retenus, fabriqués localement, ainsi que la durée de vie de trente ans exigée par le cahier des charges. Il relève en revanche qu’aucune résistance au vent n’est demandée pour les structures porteuses, dans une région où les tempêtes de sable atteignent 120 kilomètres par heure.

L’appel d’offres se décline en plusieurs avis lancés par différentes directions de distribution, dont celui de Tiaret, réparti en trois lots. Le programme arrive alors que le calendrier du grand photovoltaïque national a lui-même glissé, la réception des lots signés en 2024 ayant été reportée à 2026 après la résiliation de deux marchés.

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