Quarante mégawatts. Le volume de panneaux photovoltaïques chinois entrés en Algérie durant le mois de mai 2026 tiendrait sur les toitures de deux zones industrielles. Un an plus tôt, à la même période, le pays en avait fait venir cent cinquante. Le repli atteint 73 % sur douze mois, selon les données compilées par le centre de réflexion Ember, spécialisé dans l’électricité bas carbone.
Ce recul range l’Algérie au neuvième rang des dix premiers importateurs arabes, à égalité de tonnage avec le Maroc et devant la seule Tunisie. L’Arabie saoudite reprend la tête avec deux cents mégawatts, suivie de l’Égypte et de la Jordanie. Le total des dix marchés est tombé à 0,89 gigawatt sur le mois, contre 2,57 un an auparavant. Un effondrement de 61 %.
Ember rattache ce trou d’air aux perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz, qui ont désorganisé les arrivages saoudiens, émiratis et irakiens. Les Émirats ont perdu près de 90 % de leurs importations en un an, l’Irak 85 %. L’argument vaut pour le Golfe. Il ne dit rien de l’Algérie, dont les cargaisons ne franchissent jamais Ormuz. Les modules destinés à Alger transitent par la Méditerranée, à l’écart des tensions du golfe Persique.
Quinze gigawatts sur le papier
Le chiffre détonne avec les engagements affichés par Alger. Le programme national des énergies renouvelables vise quinze mille mégawatts installés à l’horizon 2035, de quoi porter la part des renouvelables dans le mix électrique à près de 30 %. En mars 2024, Sonelgaz a signé à Alger dix-neuf contrats pour la réalisation d’une vingtaine de centrales totalisant trois mille mégawatts, en présence du ministre de l’Énergie et des Mines Mohamed Arkab. Les premières mises en service étaient annoncées pour 2025, la réception de l’ensemble des lots courant 2026.
Le calendrier a glissé. Deux titulaires, l’algérien Cosider et l’italien Fimer, ont vu leurs marchés résiliés pour manquements contractuels, forçant Sonelgaz à remettre en jeu trois centrales, à Kenadsa, Touggourt et Tamacine. Le pays part de loin. Malgré un gisement solaire parmi les plus riches du bassin méditerranéen, sa capacité photovoltaïque installée restait marginale à la veille du lancement du programme.
Le relevé douanier en trompe-l’oeil
Un relevé mensuel de douane dit peu de la marche réelle d’un programme. Dans le modèle retenu par l’Algérie, la réalisation clés en main confiée à des groupements, les modules arrivent par lots, calés sur l’avancement des chantiers, jamais en flux régulier. Un mois creux peut suivre un mois chargé sans rien trahir de la trajectoire. Le cahier des charges fixe par ailleurs un taux d’intégration locale de 35 % au minimum, portant sur les charpentes, les câbles et les transformateurs. Les cellules, elles, restent presque intégralement importées.
Les entreprises chinoises ont en effet raflé plus de la moitié des marchés de construction du programme, China State Construction Engineering en tête, adjudicataire de trois cents mégawatts. La dépendance au module chinois se double d’une dépendance à l’ingénierie chinoise. Réduire les arrivages revient alors à ralentir le chantier lui-même.
La réception de l’ensemble des lots signés en 2024 est désormais attendue pour 2026, et Sonelgaz prépare dans la foulée un nouvel appel d’offres pour une deuxième tranche de trois mille mégawatts.


