La Banque d’Italie n’avait plus tenu cet exercice à Syracuse depuis la fermeture de sa filiale locale, en 2009. Elle y est revenue le 1er juillet, dans les locaux de Confindustria, l’organisation patronale. Autour de la table, parmi ceux qu’on avait conviés à réagir aux données, un dirigeant qui n’a rien d’italien. Rosario Pistorio, administrateur délégué de Sonatrach Raffineria Italiana (SRI), la société qui fait tourner la raffinerie d’Augusta pour le compte du groupe public algérien.
Le rapport, présenté par les économistes Francesco David et Giuseppe Saporito, de la division territoriale de la banque centrale, ne verse pas dans l’euphorie. Croissance de 0,6 % en 2025, un cheveu au-dessus de la moyenne nationale, mais en net repli sur les deux années précédentes. Un chiffre accroche l’œil de qui suit les hydrocarbures. Les exportations siciliennes de produits pétroliers ont connu une contraction marquée l’an dernier, au moment où l’agroalimentaire, l’électronique et la construction navale progressaient.
«Un tissu productif sain»
Pistorio, lui, n’a rien lâché sur ce terrain. Devant la salle, il a soutenu qu’«une grande partie de l’import-export de la Sicile continue d’être représentée par les produits pétroliers, et il reste encore des marges de croissance». L’administrateur délégué a vanté le poids du pôle énergétique de la côte est dans l’économie de l’île, appelant à consolider le lien entre grandes entreprises et PME locales. Sa lecture d’ensemble tenait en une formule. Le rapport dévoile, selon lui, «un tissu productif sain».
Là où la banque centrale acte un reflux, le directeur de Sonatrach voit un gisement de croissance. La nuance compte. La contraction relevée par le rapport porte sur l’ensemble du raffinage sicilien, pas sur la seule installation algérienne. L’île abrite aussi le complexe d’ISAB, à Priolo Gargallo, bien plus gros.
Augusta n’est pas un actif comme les autres pour Alger. Sonatrach en détient 100 % depuis décembre 2018, au terme d’un rachat à Esso Italiana, filiale d’ExxonMobil, pour quelque 720 millions de dollars. Une acquisition controversée en Algérie, qui avait valu à l’ancien PDG du groupe, Abdelmoumen Ould Kaddour, dix ans de prison ferme pour dilapidation de fonds publics. Sept ans plus tard, le site tourne. Capacité de dix millions de tonnes par an, des bruts légers proches du Sahara Blend, et une contrepartie qui parle directement à Alger. La raffinerie expédie chaque année vers l’Algérie environ 500 000 tonnes de bitume, matière première des chantiers routiers, plus du gasoil.
Un voisin encombrant à quatorze kilomètres
Le paysage sicilien du raffinage bouge, pourtant. À quatorze kilomètres d’Augusta, la raffinerie ISAB de Priolo Gargallo, qui couvre à elle seule un cinquième de la demande italienne en produits raffinés, fait l’objet depuis fin avril d’une offre de reprise portée par un fonds américain associé à l’indonésien Pertamina. Si la transaction va à son terme, la filiale de Sonatrach héritera d’un voisin à capitaux américains sur le même bassin industriel.
Le décor réglementaire, lui, se resserre. Le gaz reste bien plus cher en Europe qu’aux États-Unis, et les quotas carbone grèvent lourdement un site de cette taille, entre 50 et 100 millions d’euros par an selon les chiffres qu’avance la direction de SRI. La filiale et ses partenaires de Confindustria plaident pour une refonte de la fiscalité du CO2 calquée sur le mécanisme incitatif américain, celui de l’Inflation Reduction Act. En janvier, la société a expédié depuis Augusta son premier camion-citerne d’essence E5 à l’éthanol, première concession visible aux normes européennes de décarbonation.
Sur l’amont, Alger a pris ses assurances. Un décret présidentiel de mai a ratifié un mémorandum avec l’Azerbaïdjan qui ouvre la voie à des livraisons de brut léger de la Caspienne par SOCAR à la raffinerie sicilienne. De quoi diversifier l’alimentation d’un outil pensé au départ pour valoriser le pétrole algérien et combler les déficits nationaux en essence et gasoil.
Reste la question environnementale, sur laquelle Pistorio a préféré prendre les devants. L’administrateur délégué a rappelé que la raffinerie s’était dotée «d’un réseau expérimental de nez électroniques le long du périmètre de l’usine pour surveiller les émissions odorantes», assurant qu’il est «tout à fait possible de concilier développement économique, capacité productive et retombées sur le territoire avec la protection de la santé, de l’environnement et des communautés». Le propos, tenu devant le patronat sicilien, vise autant Syracuse que Bruxelles.
Interrogé au printemps sur les handicaps de l’île par la chaîne SiracusaNews, il avait résumé sa lecture d’une phrase. «La Sicile est désavantagée sous beaucoup d’aspects internes, mais c’est un emplacement fantastique au sein de la Méditerranée.» La raffinerie exporte désormais plus de deux milliards de dollars par an hors de l’Union européenne. L’offre américaine sur Priolo, elle, attend toujours son épilogue.


