Souveraineté numérique : l’Afrique ne représente que 4% des données mondiales d’IA

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Menahd Ouchenir, consultant en intelligence artificielle, Salon international des technologies de l'information et de la communication, organisé au Palais des expositions de la Safex à Alger, mercredi 22 avril 2026 ©Maghreb Emergent/ Djaffar Ouigra

Le Salon international des technologies de l’information et de la communication, organisé au Palais des expositions de la Safex à Alger, a accueilli une intervention remarquée. Menahd Ouchenir y a livré un plaidoyer en faveur de la souveraineté numérique du continent. Pour ce spécialiste, l’heure est à « la fin de la naïveté technologique ». L’Afrique ne peut plus se contenter d’être un consommateur passif. Elle doit devenir un acteur industriel de sa propre transformation. Sans maîtrise des infrastructures et des données, le continent construit son avenir sur du sable.

«Le carburant des modèles est déséquilibré»

Le diagnostic posé par Menahd Ouchenir révèle une fracture profonde. « Le carburant des modèles d’IA forgés par et pour le continent est déséquilibré : plus de 90% des datasets viennent du Nord, moins de 4% proviennent d’Afrique », affirme-t-il. Ce déséquilibre est dangereux. « Nourrir nos IA avec ces données crée des boîtes noires inadaptées. » Les modèles de langage actuels ignorent les réalités culturelles locales.

Sur le terrain, l’Afrique multiplie les petits projets mais peine à monter en puissance. L’absence de gouvernance et de données de qualité bloque les initiatives. Plus préoccupant encore, le continent demeure très faible sur le plan matériel. « L’Afrique ne représente que 1% des capacités mondiales de GPU », rappelle le spécialiste. Cette faiblesse engendre une latence de 150 à 200 millisecondes, incompatible avec des secteurs comme la santé ou la finance. Sans souveraineté numérique, l’innovation peut fragiliser des fonctions régaliennes de l’État, de la justice à la défense en passant par les systèmes financiers.

«By Africa, For Africa»

Pour sortir de cette impasse, Menahd Ouchenir propose une stratégie de rupture articulée autour de l’industrialisation de la donnée. La priorité est de structurer des bases de données propriétaires afin d’entraîner des modèles sur des réalités locales. Il ne s’agit plus de collecter des données brutes, mais de les transformer en matière première exploitable, à l’image d’un pétrole raffiné.

Les pistes avancées sont concrètes. Il préconise de soutenir des initiatives portées par la GSMA et Orange pour développer des modèles capables de comprendre les langues locales, du tamazight au wolof en passant par le bambara. Sur le plan infrastructurel, il plaide pour des data centers nationaux certifiés, citant le projet Mohammadia en Algérie, ainsi que pour le développement du traitement en périphérie (edge computing), qui permettrait d’analyser les données sur le terrain sans les faire transiter vers l’étranger. Des partenariats public-privé sont jugés indispensables pour mobiliser les investissements nécessaires à la puissance de calcul.

L’argument économique vient renforcer l’argument stratégique. Utiliser des architectures que l’on ne maîtrise pas coûte toujours plus cher. Les frais de sortie des données vers les clouds étrangers annulent souvent tout retour sur investissement. Pour les décideurs, l’urgence est de cartographier les flux de données et d’identifier les actifs critiques. « Celui qui maîtrise son infrastructure et ses données contrôle son avenir », conclut Ouchenir.

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