La Banque d’Algérie charge les banques d’étrangler les importations au 2e semestre

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Le siège de la Banque d'Algérie.

En l’espace de quelques semaines, la Banque d’Algérie (BA) a publié une série de directives restrictives. Ce renforcement réglementaire vise à transférer l’essentiel du contrôle des flux financiers liés aux importations vers les guichets des banques commerciales. Alors que le ministère du Commerce gérait auparavant en première ligne les arbitrages du Programme prévisionnel d’importation (PPI) et les blocages de codes d’activité, le régulateur monétaire s’appuie désormais sur les normes prudentielles pour impliquer directement les banques de la place.

Ce ne seront plus les seules décisions administratives centralisées du département ministériel de Kamel Rezzig qui filtreront les dossiers, mais l’application rigoureuse des ratios de solvabilité bancaire. En déplaçant ce curseur technique, l’exécutif modifie la gestion du commerce extérieur, confiant aux institutions financières la tâche d’évaluer et de réguler les volumes de marchandises entrants. En fait, les banques commerciales s’apprêtent à devenir — malgré elles — le premier gendarme du commerce extérieur.


Le ratio des 50 %, un coup de frein immédiat


Au cœur de ce nouveau dispositif figure l’instruction n° 03-26 du 26 avril 2026, entrée en vigueur le 1er mai. En ramenant le plafond des engagements extérieurs par signature des banques de 100 % à 50 % de leurs fonds propres réglementaires, le régulateur introduit une contrainte technique significative pour les départements de trade finance. Intervenant récemment dans l’émission Public-Privé sur Maghreb Émergent, le financier Farid Bourennani a souligné que cette mesure constituait une contrainte majeure pour les banques, de nature à impacter la rentabilité de leurs bilans. En limitant le volume des crédits documentaires (Credoc) et des garanties internationales, cette directive pourrait saturer rapidement la capacité d’engagement des établissements financiers, en particulier les banques privées historiquement très actives sur ce segment. Selon les analystes financiers de la place, les effets de ce resserrement sur le rythme des approvisionnements pourraient se faire sentir avant la fin de l’été.


Le débat sur l’évolution des fonds propres depuis 2015


Pour nuancer la portée de cette restriction, plusieurs observateurs rappellent qu’en valeur absolue, les fonds propres réglementaires des banques de la place ont globalement doublé depuis l’instruction de référence de 2015. Selon cette approche, le passage à un ratio de 50 % laisserait l’enveloppe globale de financement relativement stable par rapport au passé. Cette explication se heurte toutefois à deux réalités techniques. D’une part, l’application immédiate de la mesure ne prévoit pas de période de transition permettant aux bilans bancaires de se réajuster.

D’autre part, l’effet de change sur la décennie modifie la donne : la dépréciation du dinar face au dollar et à l’euro implique qu’un opérateur a besoin aujourd’hui d’une ligne de crédit en monnaie nationale nettement supérieure pour importer un volume physique équivalent à celui de 2015. L’augmentation nominale des capitaux propres des banques s’en trouve donc en partie atténuée face à la valeur réelle des transactions.


Nouvelles exigences de bilan et contraintes logistiques


Le dispositif de contrôle a été complété par deux autres textes au cours du mois de mai. L’instruction n° 05-2026 du 19 mai impose désormais aux importateurs de produits destinés à la revente en l’état que l’encours global de leurs opérations n’excède pas 100 % de leurs fonds propres. Cette règle tend à écarter du marché les petites structures de négoce disposant d’un faible capital social et fonctionnant principalement sur l’effet de levier du crédit. Parallèlement, la note du 14 mai, qui oblige à finaliser la domiciliation bancaire avant toute expédition de marchandise, modifie les circuits logistiques.

Les entreprises doivent désormais immobiliser leur trésorerie en amont et attendre la validation formelle des banques avant d’autoriser l’embarquement. Cet allongement des délais administratifs est susceptible d’engendrer des coûts d’immobilisation de conteneurs et des frais de stockage supplémentaires pour les opérateurs économiques.


Les réserves de change, encore et toujours


L’introduction de ces nouvelles restrictions intervient pourtant dans un contexte de consolidation des indicateurs extérieurs de l’Algérie. Portées par l’agression américano-israélienne contre l’Iran et son corollaire inattendu — la fermeture du détroit d’Ormuz —, les recettes en devises de Sonatrach ont progressé au début de l’année 2026, consolidant les réserves de change de la Banque d’Algérie bien au-delà du seuil de sécurité des 50 milliards de dollars et alimentant la fiscalité pétrolière. Ce décalage pose la question de l’impact à moyen terme de ces arbitrages.

En rationnant l’accès à des produits essentiels tels que les biens d’équipement, les semi-produits, les pneumatiques ou les pièces détachées, ces mesures risquent de peser sur l’appareil productif national, lui-même dépendant des intrants industriels étrangers. À terme, de très nombreux chefs d’entreprise s’en inquiètent « hors antenne » : le ralentissement potentiel de l’activité économique interne est en train de contrecarrer les objectifs de croissance. Il pourrait impacter, dès le second semestre 2026, par ricochet, les recettes hors hydrocarbures du Trésor et l’équilibre de la balance des paiements.​​​​​​​​​​​​​​​​

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