L’Algérie en tête des bruts arabes en avril : le Sahara Blend franchit la barre des 133 dollars

Avec un baril coté à 133,4 dollars sur le mois écoulé, le mélange algérien devance largement ses concurrents arabes dans le panier de l'OPEP.

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Un opérateur de Sonatrach-RPC en poste sur les installations de raffinage. ©Sonatrach

Le rapport mensuel de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole confirme ce que les opérateurs pressentaient depuis la mi-mars. Sur le mois d’avril 2026, le Sahara Blend algérien s’est échangé en moyenne à 133,4 dollars le baril, devant le Sider libyen (125,75 dollars), le Basra Medium irakien (108,39), l’Arabian Light saoudien (107,21), le brut d’exportation koweïtien (105,65) et le Murban émirati (104,46). L’écart entre la première et la dernière place du classement arabe atteint près de 29 dollars, un différentiel rarement observé sur une fenêtre mensuelle.

La performance algérienne ne tient pas du hasard de marché. Elle traduit une équation géographique devenue centrale depuis l’irruption du conflit irano-américain et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz fin février. Tandis que les bruts du Golfe peinent à rejoindre leurs raffineries asiatiques traditionnelles, le Sahara Blend, chargé à Skikda, Béjaïa et Arzew, s’écoule sans entrave vers les ports méditerranéens. Les raffineurs italiens, espagnols, français et turcs, sevrés de leurs cargaisons en provenance du Moyen-Orient, ont fait monter les enchères sur les grades légers et peu soufrés disponibles à l’ouest du canal de Suez.

Une prime qui combine qualité et logistique

Brut léger à faible teneur en soufre, le Sahara Blend se prête particulièrement bien à la production de gazole et de carburants aviation, deux segments dont les marges de raffinage ont atteint des sommets historiques au cours du trimestre écoulé. Les marges de raffinage ont temporairement explosé tandis que les craquages de distillats moyens atteignaient des plus hauts historiques. L’Agence internationale de l’énergie a chiffré à environ 6 millions de barils par jour la chute des débits de raffinage au Moyen-Orient et en Asie en avril, un trou que les capacités méditerranéennes et atlantiques peinent à combler.

Le contexte de marché donne la mesure de l’envolée. Le Brent daté, référence pour la majorité des cargaisons physiques méditerranéennes, a atteint un sommet intra-journalier de 126,41 dollars le baril le 30 avril 2026, soit un gain de près de 14% en deux séances. La trajectoire s’inscrit dans le prolongement du bond spectaculaire enregistré dès le 9 mars, quand le baril avait franchi pour la première fois la barre des 110 dollars. Sur la moyenne mensuelle, le panier OPEP s’est établi à 108,34 dollars en avril 2026. La prime du Sahara Blend sur le panier de référence avoisine donc 25 dollars, l’une des plus élevées jamais enregistrées.

La rente algérienne dopée mais encadrée

Pour Sonatrach, l’arithmétique budgétaire prend une autre allure. Avec une production maintenue autour de 970 000 barils par jour selon les chiffres OPEP, la compagnie nationale encaisse, à ce niveau de prix, des recettes d’exportation pétrolières qui pourraient dépasser le seuil des 4 milliards de dollars mensuels, hors gaz naturel. Le ministère des Finances, qui avait calibré la loi de finances 2026 sur un baril de référence à 60 dollars, dispose d’une cagnotte non anticipée dont la durabilité reste toutefois sujette à caution.

Car la flambée d’avril porte en elle les germes de sa propre correction. Les primes sur les cargaisons physiques ont chuté de près de 90% depuis leurs sommets d’avril, signal d’un essoufflement de la demande spot et d’un report des acheteurs sur les stocks accumulés en mars. La compression de la prime du Brent daté sur les contrats à terme suggère que les raffineurs ont fini par épuiser leur appétit à ces niveaux de cours, préférant puiser dans leurs réserves stratégiques et leurs stockages flottants.

Libye, voisine sous le même régime

La deuxième position du Sider libyen, à 125,75 dollars, confirme que la dislocation logistique profite à l’ensemble des bruts nord-africains, indépendamment des fondamentaux politiques de chaque producteur. Tripoli a traversé une nouvelle séquence d’instabilité institutionnelle au premier trimestre sans que ses cargaisons connaissent de rupture significative, preuve que les opérateurs internationaux acceptent une prime de risque politique pourvu que l’accès physique aux terminaux reste garanti.

Pour les bruts du Golfe, en revanche, la décote est désormais structurelle. L’Arabian Light, longtemps référence implicite du marché, se traite plus de 26 dollars sous le Sahara Blend. Le Murban émirati, vitrine de la stratégie de modernisation d’Abou Dhabi, ferme la marche du classement arabe. Le constat s’inscrit dans une séquence inédite, marquée par le retrait surprise des Émirats arabes unis de l’OPEP annoncé fin avril. Le Dubai crude a touché 166 dollars le 19 mars, son plus haut historique, avant de s’effondrer à mesure que les producteurs du Golfe redirigeaient leurs flux vers les pipelines de contournement saoudien et émirati.

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