« L’Algérie reste l’un de nos plus gros clients » : le patronat céramique espagnol fait les comptes du gel

Les fabricants espagnols de machines céramiques ont retrouvé leurs clients algériens après le gel commercial de 2022, et ont récupéré un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros. Des contrats ont toutefois échappé à ces industriels pendant le blocage.

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José Miquel, président de l'Asebec, estime que les fabricants espagnols de machines céramiques ont récupéré la plupart de leurs clients algériens après le gel commercial de 2022. (Photo : compte LinkedIn de José Miquel)

Les fabricants espagnols de machines pour l’industrie céramique tirent un bilan mitigé de leur retour en Algérie. Dans un entretien accordé à El Periódico Mediterráneo avant les salons italiens Cersaie et Tecna, José Miquel, président de l’Asebec, explique que la plupart des clients algériens sont revenus. Il admet aussi que des concurrents ont profité des deux ans d’absence des Espagnols pour prendre leur place.

« Dans de nombreux cas, nous avons pu récupérer les clients avec lesquels nous travaillions », dit-il. Cependant, certains projets presque finalisés n’ont pas abouti, et les entreprises de l’Asebec n’ont pas pu accéder aux nouveaux chantiers lancés en Algérie pendant la suspension des échanges. Ces contrats ont été attribués à d’autres fournisseurs, qui ont parfois remplacé les Espagnols sur le marché, selon le dirigeant.

Un gel décidé en juin 2022, levé en novembre 2024

Alger avait suspendu le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération signé avec Madrid en 2002, le 8 juin 2022, en réponse au soutien du gouvernement de Pedro Sánchez au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Le même jour, l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF) demandait aux banques de geler les domiciliations des opérations de commerce extérieur avec l’Espagne. Seules les livraisons de gaz ont échappé à la mesure. La levée générale n’est intervenue qu’avec une note de la Banque d’Algérie datée du 6 novembre 2024, qui replaçait les opérations avec l’Espagne sous le régime ordinaire de la réglementation des changes.

José Miquel parle d’une rupture qui s’est produite « du jour au lendemain » et qui a endommagé la relation avec les clients à tous les niveaux. « L’Algérie était et reste l’un des plus grands consommateurs de nos produits », souligne-t-il, ajoutant que regagner ce marché a demandé « beaucoup d’efforts ».

Environ 40 millions d’euros de chiffre d’affaires retrouvés

L’Asebec avait estimé les pertes dues au blocage à près de 40 millions d’euros. Au printemps 2026, l’association annonçait avoir retrouvé un chiffre d’affaires équivalent en Algérie après la reprise des échanges. Pourtant, ce retour n’a pas suffi à relancer le secteur, dont les ventes sont passées de 396 millions d’euros en 2024 à 376 millions en 2025, selon les chiffres provisoires présentés par José Miquel en avril.

Lors de l’entretien, il note que les prévisions pour 2026 se confirment, « avec des résultats même pires que prévu », en raison du manque d’investissements chez les fabricants de carreaux.Il a lui-même changé de nature. L’Algérie a nettement augmenté sa production de carreaux ces dernières années, ce qui a réduit les débouchés du carrelage espagnol fini, mais a élargi ceux des fournisseurs d’équipements.

L’Asebec a mené en mai 2025 une mission commerciale à Sétif puis à Batna, organisée avec l’ICEX et le bureau économique et commercial de l’ambassade d’Espagne à Alger, réunissant neuf entreprises et l’Institut de technologie céramique (ITC) de Castellón. Batna accueille jusqu’à ce mardi le premier Salon des produits du bâtiment, de la céramique et de la faïence. José Miquel indique que les journées techniques de l’Asebec se poursuivent, en Amérique latine comme en Afrique du Nord, présentée comme l’une des principales zones clientes de ses adhérents.

Face aux Italiens, la question du financement

Sur les marchés étrangers, y compris en Algérie, les industriels de Castellón font face à la concurrence des constructeurs italiens. José Miquel reconnaît que ces derniers ont deux avantages : ils peuvent livrer une usine clé en main et offrir à leurs clients des solutions de crédit. Début 2026, l’Asebec a signé un accord avec l’assureur-crédit public espagnol Cesce. Selon son président, cette police permet d’assurer le paiement et de financer une vente jusqu’à trois ans, sous réserve de l’analyse des garanties du client.

Les entreprises espagnoles misent aussi sur les fours électriques, développés en réponse aux nouvelles règles européennes relatives aux émissions de CO₂. Selon José Miquel, certains de ces fours sont déjà en production et des modèles de grande capacité seront bientôt installés, « avec une technologie à 100 % issue d’associés de l’Asebec ».

Huit entreprises membres de l’association exposent à Tecna, à Rimini, à partir de ce mardi et jusqu’au 25 septembre. Le président de l’Asebec espère y obtenir des commandes pour un outil industriel qui, selon lui, fonctionne bien en deçà de ses capacités.

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