Libye : Libération de dix militants de Global Sumud pour Gaza séquestrés par les forces de Haftar

Dix membres de la caravane humanitaire « Sumud Land Global », arrêtés fin mai dans l'est de la Libye alors qu'ils tentaient de rallier Gaza par la voie terrestre, ont été libérés mardi soir, ont annoncé mercredi des sources de l'organisation. Quatre autres militants demeurent toutefois détenus après leur transfert en Tunisie.

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Manifestation de soutien aux militants de Global Sumud

Selon la délégation turque de la flottille, cette libération est le résultat d’une « intense diplomatie juridique et de la mobilisation de l’opinion publique internationale ». Les militants, qui avaient entamé une grève de la faim début juin, ont affirmé avoir été soumis à « une détention arbitraire et à une pression psychologique constante » pendant leurs trente jours de captivité.

Le ministre espagnol des Affaires extérieures, José Manuel Albares, a confirmé mercredi que la ressortissante espagnole Alicia Armesto faisait partie du groupe libéré et qu’elle était en route pour l’Espagne. Six des militants – de nationalités américaine, polonaise, argentine, portugaise et espagnole – doivent transiter par Istanbul ce mercredi avant de rejoindre leurs pays respectifs. En revanche, quatre autres activistes, originaires de Tunisie, d’Italie et d’Uruguay, ont été transférés en Tunisie où ils restent détenus, une situation dont les organisateurs de la caravane exigent le règlement immédiat.

Blocage politique dans le fief de Haftar

Composé de 30 véhicules — dont une douzaine de camions et deux ambulances chargés de matériel médical — et de 270 personnes de 26 nationalités, le convoi avait débuté son périple fin avril depuis la Mauritanie, transitant par la Tunisie et l’Algérie. Si la traversée de l’ouest de la Libye (sous l’autorité du gouvernement de Tripoli, reconnu par la communauté internationale) s’est déroulée sans encombre, le convoi a été intercepté le 24 mai près de Syrte. Cette zone stratégique marque l’entrée du territoire contrôlé par l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar, qui dirige l’est du pays.

L’ombre des alliances régionales

Pour les observateurs régionaux, le coup d’arrêt brutal imposé à cette caravane pro-palestinienne — initiée et soutenue par des organisations maghrébines — dépasse le simple contrôle frontalier et répond à des jeux géopolitiques précis. Le maréchal Khalifa Haftar dépend historiquement du soutien militaire, financier et diplomatique des Émirats arabes unis (EAU). Or, depuis les accords d’Abraham de 2020, les Émirats maintiennent une alliance stratégique et sécuritaire étroite avec Israël. Plusieurs rapports ont fait état, ces dernières années, de contacts discrets entre l’entourage de Haftar et les services de sécurité israéliens. Dans ce contexte, neutraliser un convoi civil d’envergure destiné à briser le blocus de Gaza apparaît comme un signal de conformité envoyé par Benghazi à son parrain émirati.

Par ailleurs, ce blocage sert directement les intérêts de l’Égypte voisine, autre pilier sécuritaire du pouvoir de Haftar en Cyrénaïque. Le Caire, qui gère au compte-gouttes et sous haute surveillance l’accès à sa propre frontière avec la bande de Gaza via le terminal de Rafah, voit d’un très mauvais œil l’arrivée à ses portes d’un convoi militant panafricain et international. En barrant la route à la caravane dès la Libye centrale, les forces de Haftar évitent au pouvoir égyptien l’embarras politique d’avoir à refuser, ou à réprimer, un tel mouvement de solidarité à sa propre frontière.

Cette initiative terrestre doublait la flottille maritime « Global Sumud » (« résistance » en arabe), une mission de solidarité internationale également interceptée en eaux internationales par l’armée israélienne en avril dernier. Les rapports faisant état de violences et de mauvais traitements infligés aux militants de la flottille maritime ont suscité une indignation générale en Europe occidentale, notamment en Italie où le gouvernement a qualifié ces actes d’« inadmissibles ».

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