Dans un contexte international marqué par des recompositions énergétiques accélérées, les interactions entre événements sportifs et enjeux géopolitiques peuvent parfois dépasser le cadre symbolique. C’est notamment le cas des tensions récentes entre Maroc et Sénégal, analysées par Jeff Porter, président de North Africa Risk Consulting (NARCO).
Une CAN 2025 aux prolongements inattendus
La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025 entre le Maroc et le Sénégal, disputée à Rabat, a été marquée par de fortes tensions sportives et arbitrales. Le match, interrompu après une contestation sénégalaise, a finalement basculé en prolongation, offrant la victoire au Sénégal sur le terrain.
Cependant, la suite a pris une tournure institutionnelle et juridique. La Confédération africaine de football a ensuite attribué la victoire au Maroc sur tapis vert, en raison du retrait temporaire de l’équipe sénégalaise. Une décision contestée par Dakar, qui a saisi le Tribunal arbitral du sport.
Dans le même sillage, la justice marocaine a confirmé en appel, lundi 13 avril, des peines visant 18 supporters sénégalais accusés dans des incidents liés à la rencontre, accentuant les tensions entre les deux pays.
Des relations diplomatiques sous pression
Pour Jeff Porter, ces épisodes sportifs ne peuvent être isolés de leurs conséquences diplomatiques. Selon l’expert, ils ont contribué à une détérioration du climat entre Rabat et Dakar, dans un contexte où les deux pays coopèrent sur plusieurs dossiers stratégiques.
Cette évolution intervient, en effet, à un moment clé pour les projets énergétiques régionaux, où la stabilité politique est un facteur déterminant pour les investissements à long terme.
Le mégaprojet gazier sous incertitude
L’un des projets les plus exposés à ces tensions est le gazoduc Nigeria–Maroc, également connu sous le nom de « Africa Atlantic Gas Pipeline ». Ce mégaprojet, estimé à plus de 25 milliards de dollars, vise à relier le Nigeria à l’Europe via plusieurs pays ouest-africains, dont le Sénégal.
“La récente victoire du Maroc à la Coupe d’Afrique des nations a entraîné une détérioration de ses relations avec le Sénégal, un pays partenaire clé du projet de gazoduc (Nigeria–Maroc). Le Sénégal se montre actuellement moins enclin à soutenir les initiatives marocaines” a déclaré l’expert lors d’un entretien accordé au site spécialisé Attaqa.
Les autorités marocaines espèrent finaliser un accord intergouvernemental d’ici fin 2026 afin de lancer la phase opérationnelle de cette infrastructure stratégique.
Des doutes sur la viabilité économique
Cependant, un rapport de North Africa Risk Consulting (NARCO) remet en question la solidité économique du projet. Le principal obstacle identifié est l’absence de demande suffisamment robuste en Europe, où la transition énergétique réduit progressivement la consommation de gaz naturel au profit des énergies renouvelables et du GNL.
Selon les estimations du cabinet, le retour sur investissement pourrait atteindre des horizons extrêmement longs, rendant le projet difficilement viable dans des conditions de marché classiques. Par ailleurs, une partie importante du gaz transporté serait consommée localement par les pays traversés, réduisant les volumes exportables.
Le projet transsaharien en alternative
Dans ce contexte, le projet concurrent de gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie apparaît, selon Jeff Porter, comme une option plus réaliste. Plus court, moins complexe techniquement et partiellement adossé à des infrastructures existantes, il bénéficie d’un cadre jugé plus pragmatique par plusieurs analystes.

