Le mégaprojet de gazoduc Nigeria–Maroc (Africa Atlantic Gas Pipeline) revient sur le devant de la scène. Selon les autorités marocaines, les deux pays « devraient signer, avant la fin de 2026, l’accord intergouvernemental encadrant la construction du gazoduc ». Il s’agit d’un projet énergétique estimé à plus de 25 milliards de dollars.
Le Maroc estime que cette étape marquera le lancement officiel de la phase opérationnelle de cette “infrastructure stratégique”.
Porté par l’Office National des Hydrocarbures et des Mines (ONHYM) et la Nigerian National Petroleum Company (NNPC), ce projet baptisé « African Atlantic Gas Pipeline » prévoit de relier le Nigeria au Maroc sur près de 6 900 kilomètres le long de la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest, avec une extension vers les marchés européens, traversant 13 pays. Il vise à transporter 30 milliards de m³ de gaz par an, dont une partie vers l’Europe.
Le projet Nigeria- Maroc peine à convaincre
Mais certains experts appellent à la prudence. Le consultant en énergie Charles Majomi estime que « rien de tout cela n’a réellement de sens tant que les investissements nécessaires dans les infrastructures gazières en amont ne sont pas pris au sérieux ».
Récemment, une analyse du cabinet North Africa Risk Consulting, a remis fortement en cause la viabilité du projet. Le principal problème est l’absence de marché solide : la demande européenne, censée être un débouché clé, est en baisse, car l’Europe réduit sa consommation de gaz et privilégie les énergies renouvelables ainsi que le GNL.
Selon cette étude, même dans des scénarios optimistes, le projet serait très difficile à rentabiliser, avec un temps de retour sur investissement estimé à près de 288 ans — bien au-delà des standards économiques. De plus, une grande partie du gaz transporté serait consommée localement par les pays traversés, limitant encore les revenus liés à l’exportation.
D’après le rapport, malgré son ambition stratégique, ce gazoduc apparaît comme un projet à haut risque économique, critiqué pour son manque de débouchés réels et son décalage avec les évolutions du marché énergétique mondial.
Le projet TSGP quitte le stade des études
De son côté, Alger mise sur le projet de gazoduc transsaharien, appelé TSGP, qui vise à relier le Nigeria à l’Algérie via le Niger sur une distance d’environ 4 200 km. Il se distingue du projet Nigeria–Maroc par une approche plus simple et plus économique : son coût est estimé à 13 milliards de dollars, et il ne traverse que trois pays au lieu de treize. De plus, une partie significative de l’infrastructure existe déjà, puisque seulement 1 800 km restent à construire. Ainsi, ce projet apparaît comme une option plus réaliste, avec moins de contraintes techniques et financières.
Le mois de février dernier, l’Algérie a annoncé que le projet quittait le stade des études pour entrer dans celui de l’exécution. L’Algérie, le Nigeria et le Niger ont renouvelé leur engagement commun à faire aboutir cette infrastructure destinée à acheminer le gaz nigérian vers les côtes méditerranéennes. Des réunions ministérielles tripartites se tiendront pour enclencher la troisième phase du projet, celle des travaux.


