Méthane : Sonatrach obtient un répit face au durcissement du règlement européen

Confrontée à la perspective de sanctions à partir de 2027 dans le cadre du règlement européen sur le méthane, Sonatrach pourrait bénéficier d’un délai inattendu. La Commission européenne envisage de suspendre pendant trois ans les pénalités prévues en cas de non-respect des obligations imposées aux importateurs de gaz et de pétrole, selon des informations publiées par “Le Monde”.

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Sonatrach a engagé des programmes de modernisation visant à renforcer la détection des fuites

Ce développement intervient dans le cadre d’une révision de l’application d’un texte adopté fin 2024 par l’Union européenne, visant à réduire les émissions de méthane liées aux importations d’hydrocarbures, un gaz à effet de serre particulièrement puissant. Le règlement européen impose aux producteurs situés hors de l’Union européenne un ensemble d’obligations de mesure, de déclaration et de vérification des émissions de méthane, assorties d’audits indépendants. Il prévoit également des contrôles réguliers des infrastructures afin de détecter et réparer les fuites, qu’elles proviennent des puits, des stations de compression ou des réseaux de transport. Le torchage ainsi que les rejets directs de méthane dans l’atmosphère sont également concernés.

Un calendrier progressif jusqu’en 2030

La mise en œuvre du dispositif est échelonnée dans le temps. Depuis 2025, les opérateurs doivent déjà déclarer les volumes de gaz brûlés ou rejetés. À partir de 2027, les producteurs hors UE devront démontrer que leurs systèmes de suivi sont équivalents aux standards européens. À l’horizon 2030, un plafond d’intensité en méthane devrait s’appliquer aux hydrocarbures importés, avec à la clé d’éventuelles pénalités financières.

Dans les faits, cette trajectoire réglementaire avait déjà été présentée comme progressive par les responsables européens. Dans des déclarations à Maghreb Emergent, l’ambassadeur de l’Union européenne en Algérie, Diego Mellado, indiquait que Bruxelles n’envisageait pas, dès l’origine, une application brutale du dispositif à l’égard de l’Algérie, privilégiant une phase d’accompagnement technique et une montée en conformité graduelle. Cette approche s’appuie notamment sur le rôle de l’Algérie dans l’approvisionnement gazier européen et sur l’existence de partenariats énergétiques structurants entre les deux rives de la Méditerranée.

Pour Sonatrach, cette évolution réglementaire représente un enjeu opérationnel important. L’entreprise exploite un réseau d’infrastructures particulièrement étendu, allant des champs de Hassi R’Mel et Hassi Messaoud jusqu’à plusieurs milliers de kilomètres de gazoducs. Ces dernières années, le groupe a engagé des programmes de modernisation visant à renforcer la détection des fuites, notamment via des drones, des capteurs infrarouges et des systèmes de surveillance avancés, tout en réduisant progressivement le torchage.

Recomposition du marché énergétique

L’assouplissement envisagé intervient dans un contexte de recomposition des équilibres énergétiques depuis 2022, marqué par la baisse des importations européennes de gaz russe et la montée en puissance de fournisseurs alternatifs, dont les États-Unis et l’Algérie. Cette dernière a renforcé sa position sur le marché méditerranéen, notamment à travers les gazoducs Medgaz et Transmed reliant l’Algérie à l’Italie et à l’Espagne, ainsi que par ses exportations de gaz naturel liquéfié.

La Commission européenne est confrontée à un arbitrage entre ses objectifs climatiques et la sécurité de ses approvisionnements énergétiques. Le scénario d’une suspension temporaire des sanctions reflète cet équilibre dans un contexte de volatilité des marchés et d’incertitudes géopolitiques. Parallèlement, ce dossier a fait l’objet de critiques répétées de la part de l’industrie gazière et de responsables américains, qui redoutent un impact sur la compétitivité des exportations vers le marché européen.

Washington a notamment exprimé ses réserves sur la complexité du dispositif et ses effets potentiels sur les flux de gaz naturel liquéfié vers l’Europe. Selon les informations disponibles, l’ajustement envisagé ne modifierait pas le contenu du règlement, mais uniquement le calendrier et les modalités d’application des sanctions, sans remise en cause des obligations de transparence.

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