Une déclaration du président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Ibrahim Bouderbala, a suscité une vive polémique ce mercredi 29 juillet, après-midi. Lors d’une séance plénière consacrée au vote de prêts en faveur de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) et du Groupe chimique tunisien (GCT), le président du Parlement a interdit l’utilisation des téléphones portables pour prendre des photos dans l’hémicycle, en menaçant les contrevenants d’un renvoi devant le parquet.
« Il est strictement interdit de prendre des photos avec un téléphone depuis n’importe quel endroit de la salle. Toute personne qui enfreindra cette règle sera immédiatement déférée au parquet », a déclaré Ibrahim Bouderbala au début de la séance.
Par cette formulation, le président de l’ARP n’a pas visé explicitement les journalistes. Il a utilisé l’expression « toute personne », une formule qui englobe, en principe, l’ensemble des personnes présentes dans l’hémicycle, qu’il s’agisse des députés, des journalistes accrédités ou de toute autre personne autorisée à assister à la séance.
La déclaration a rapidement été relayée sur les réseaux sociaux par des journalistes, dont Karim Wannes, membre du bureau exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).
Des journalistes dénoncent une dérive
Peu de temps après la déclaration de Bouderbala , Jihene Elouati, également membre du bureau exécutif du SNJT, a publié une analyse dans laquelle elle estime que les propos du président du Parlement dépassent le cadre d’une simple mesure d’organisation des débats.
Selon elle, le fait d’évoquer directement un renvoi devant le parquet transforme une question relevant du règlement intérieur de l’Assemblée en une menace de nature pénale. La responsable syndicale souligne que l’expression « toute personne » peut également concerner les journalistes accrédités chargés de couvrir les travaux parlementaires.
Pour Jihene Elouati, une telle déclaration est susceptible d’installer un climat de crainte parmi les professionnels des médias. Elle rappelle que les journalistes présents au Parlement remplissent une mission d’information au service du public et que la perspective de poursuites judiciaires pourrait conduire à une forme d’autocensure dans la couverture des travaux parlementaires.
Elle s’interroge également sur le fondement juridique d’une telle menace, rappelant que le principe de légalité des délits et des peines interdit de créer une infraction ou une sanction pénale en dehors d’un texte de loi. Selon elle, le règlement intérieur de l’Assemblée ne saurait, à lui seul, justifier un renvoi devant la justice pénale.
Les réactions se multiplient
À ce stade, les critiques publiques émanent essentiellement de journalistes . Aucun groupe parlementaire ni député ne s’est publiquement exprimé sur les propos du président de l’Assemblée pour le moment.
Sur les réseaux sociaux, en revanche, plusieurs internautes ont dénoncé le silence des élus face à une mesure qu’ils qualifient de « liberticide », estimant que l’interdiction et la menace de poursuites concernent également les députés présents dans l’hémicycle.
Cette polémique intervient dans un contexte où les organisations de défense de la liberté de la presse alertent régulièrement sur les restrictions visant le travail des journalistes en Tunisie. Bien que les propos d’Ibrahim Bouderbala ne ciblent pas explicitement la presse, leur portée et leur formulation ont immédiatement suscité l’inquiétude des professionnels des médias, qui y voient un signal préoccupant pour les conditions de couverture des activités parlementaires.
Selon certains journalistes qui contestent cette décision, l’interdiction de photographier avec un téléphone portable entrave leur capacité à documenter rapidement et librement les débats parlementaires, en particulier lorsque certaines scènes ou prises de parole nécessitent d’être captées dans l’instant. Ils estiment également que cette mesure réduit leur autonomie éditoriale en les rendant davantage tributaires des images produites par les services officiels du Parlement ou d’équipements soumis à des contraintes d’utilisation plus importantes, limitant ainsi leur liberté de couvrir les travaux parlementaires selon leurs propres choix journalistiques.

